On était sur le tournage du combat final de Harry Potter

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La fin est proche. La tension monde. Encore quelques scènes et la saga entière sera dans la boîte.
La fin est proche. La tension monde. Encore quelques scènes et la saga entière sera dans la boîte.
Nous étions sur le tournage de Harry Potter et les Reliques de la mort, Partie 2, au moment de l’ultime affrontement avec Voldemort. Rien que ça. Une scène dantesque au cœur d’un Poudlard dévasté et pour laquelle tous les acteurs étaient présents. C’était le 1er juin 2010. On s’en rappelle comme si c’était hier.

« Et par ici, vous pouvez… euh… entrevoir l’un des nombreux couloirs de Poudlard desservant les salles de classes. » La lumière frêle d’une petite lampe torche balaye les formes indistinctes de larges arches de pierres. L’attachée de presse de Harry Potter nous fait faire le grand tour du propriétaire des Studios Leavesden.

Pendant dix ans, ils ont été le siège de la franchise, un lieu de vie et de travail pour les légions d’artisans, de techniciens et d’acteurs qui ont traversé la saga. Il y avait donc une vie ici, c’est certain. Sauf que, pour l’heure, la traversée des décors est tout ce qu’il y a de plus sinistre. « Est-ce que quelqu’un pourrait allumer les projecteurs, s’il vous plait ? », s’époumone notre guide. Et la lumière fut.

La Gande Salle de Poudlard.
La Gande Salle de Poudlard.

Les différents plateaux, jadis grandioses, ont été dépouillés de tous les détails et objets qui faisaient leur richesse, à l’image du fameux bureau de Dumbledore qui n’est plus désormais qu’une coquille vide. Le seul vestige de toutes les scènes qui y ont été tournées semble être un petit amas de cendre dans la cheminée. Les meubles, colonnes de grimoires, tableaux et autres reliques ont été remisés ailleurs. Il faut dire qu’en ce 1er juin 2010, nous arrivons au 251e jour du tournage des Reliques de la mort, dont les deux films ont été tournés d’une traite. Plus que dix jours et cette page de l’histoire sera définitivement tournée…

La traversée du vaisseau fantôme

Dans les interminables hangars de Leavesden, les décors intérieurs de l’école de sorcellerie ont été partiellement détruits, résultat des assauts de l’armée de Voldemort sur le château. A droite du grand hall, un escalier partiellement effondré. Derrière deux lourdes portes de bois, la Grande Salle, autrefois rutilante, où s’alignaient les tables des Gryffondors, des Poufsouffles, des Serdaigles et des Serpentards ont disparu. Des tas de gravas et de décombres de gargouilles représentant les quatre maisons de Poudlard encombrent l’espace. Près de l’imposante cheminée, une pagaille de civières, chaises roulantes et matériel de premier secours témoignent que le lieu s’est changé en infirmerie de fortune pour les élèves qui tentent de résister tant bien que mal aux assauts de Vous-Savez-Qui.

Fin de Bellatrix Lestrange (Helena Bonham Carter). Finalement pas si méchante que ça, comme en témoigne la dernière image avec Daniel Radcliffe.
Fin de Bellatrix Lestrange (Helena Bonham Carter). Finalement pas si méchante que ça, comme en témoigne la dernière image avec Daniel Radcliffe.

Vers un musée Harry Potter

On passe devant la carcasse d’un wagon du Poudlard Express pour arriver dans le hall du Ministère de la magie aux murs recouverts de carreaux d’un vert bouteille prononcé. « Nous avons du construire 588 décors différents pour l’ensemble de la saga« , explique Stuart Craig, le directeur artistique. Si celui du ministère n’est pas le plus vaste, les quelques douze mètres de hauteur sous plafond font leur petit effet. « Nous sommes en train de tout ranger, en vue du musée Harry Potter qui ouvrira ses portes au public, ici à Leavesden, à l’été 2012. » Ce qui explique sans doute la présence d’un balayeur solitaire, perdu au milieu du vaste hall… et de son épaisse couche de poussière.

Seules les caves de Gringotts, la banque des sorciers, semble avoir pour l’instant échappé au grand ménage de printemps en marche. Une pièce saturée d’or et de monticules interminables d’objets précieux qui n’a rien à envier à la caverne d’Ali Baba. Notre émerveillement est enrayé par une annonce des plus solennelles de notre attachée de presse du jour. « Vous êtes le dernier groupe de journalistes à visiter Leavesden. Ca fait bizarre… » Douze paires d’yeux se regardent soudain, dans un mélange de flatterie et de malaise. « En plus, aujourd’hui, nous filmons le combat final. Pour la plus grande partie des comédiens, cette journée de tournage est la dernière… Cette fois, c’est vraiment la fin. »

Avant les prises, Ruppert Grint (Ron) et Daniel Radcliffe (Harry) revoient leurs textes dans les décombres de la vaste cours de Poudlard.
Avant les prises, Ruppert Grint (Ron) et Daniel Radcliffe (Harry) revoient leurs textes dans les décombres de la vaste cours de Poudlard.

 

La fine fleur du cinéma british

La séquence émotion va se prolonger tout au long de la journée. A l’extérieur, le temps a viré au gris et les nuages semblent s’amuser à tester l’étanchéité de l’équipe. « Le temps a été notre principal soucis, développe le réalisateur David Yates. La scène que nous tournons se passe au crépuscule et nous tenions à avoir ces nuages lourds. Comme c’est le climax du film, nous voulions qu’il soit aussi réussi que possible. » Par une coïncidence étrange, le décor de cette scène d’affrontement entre les forces du bien et les partisans du malin se situe juste à côté de celui de celui de Privet Drive, là où tout avait commencé dix ans plus tôt.

Nous voilà donc dans l’une des plus grandes cours de Poudlard, qui s’étend sur près de 100 mètres de long. Dans un coin, la tour d’astronomie paraît tellement éventrée qu’elle pourrait s’effondrer à tout instant. Sur les marches du grand escalier, on reconnaît le professeur McGonagall (Maggie Smith), le professeur Flitwick (Warwick Davis), Fleur Delacour (Clémence Poésy), Luna (Evana Lynch), Neville (Matthew Lewis), Hermione (Emma Watson), le clan Weasley au grand complet… Ils sont tous là, les visages maculés de terre et de sang. C’est un temps mort au cœur de la bataille.

Du haut en bas, de gauche à droite : l'entrée triomphale des troupes de Voldemort dans l'enceinte de Poudlard ; Ralph Fiennes (Voldemort) et Matthew Lewis (Neville) entre deux prises ; les Weasley dévasté par l'annonce de la mort de Harry ; le speech grandiloquent de Voldemort face à TOUT le casting de la saga.
Du haut en bas, de gauche à droite : l’entrée triomphale des troupes de Voldemort dans l’enceinte de Poudlard ; Ralph Fiennes (Voldemort) et Matthew Lewis (Neville) entre deux prises ; les Weasley dévasté par l’annonce de la mort de Harry ; le speech grandiloquent de Voldemort face à TOUT le casting de la saga.

« Harry Potter est mort ! »

Face aux dizaines de résistants de Poudlard, Voldemort (Ralph Fiennes) s’avance dans sa robe noire fantomatique, secondé par un Hagrid à la tête basse (Robbie Coltrane), Bellatrix Lestrange (Helena Bonham Carter), plus hirsute que jamais, et une cinquantaine de mangemorts en rangs serrés.

C’est le corps de Harry que Hagrid tient dans ses bras. De sa voix d’outre-tombe, Ralph Fiennes annonce avec délectation : « Harry Potter est mort ! » L’assemblée est sous le choc. Ron s’effondre dans les bras d’une Hermione déjà en larmes, en hurlant « Menteur ! » « Idiote ! Tu pleures pour ça ? », lance Voldemort à cette dernière en désignant le corps inanimé. Le mage noir entame un discours. Le combat est terminé. S’ils veulent le rejoindre, c’est maintenant ou jamais de se repentir. Personne ne bouge, hormis Drago Malefoy (Tom Felton) qui se fraye un passage dans la foule de ses anciens camarades jusqu’à se placer à côté ses parents, derrière Lord Voldemort.

Le réalisateur David Yates dirigent Ralph Fiennes (Voldemort) et Daniel Radcliffe (Harry) avant leur scène du grand plongeon.
Le réalisateur David Yates dirige Ralph Fiennes (Voldemort) et Daniel Radcliffe (Harry) avant leur scène du grand plongeon.

Le temps semble s’être arrêté. Plus personne ne bouge un cil. Soudain, Neville s’avance vers Voldemort en clopinant, immédiatement raillé par les Mangemorts qui ne voient pas ce qu’un canard boiteux pourrait bien leur apporter. Mais ce n’est pas l’intention de Neville. Il ne déposera pas les armes. « Peu importe que Harry soit mort. Beaucoup sont morts aujourd’hui. Et ils ne le seront pas en vain. Mais vous si ! » A ces mots, Neville brandit l’épée de Gryffondor et s’élance sur l’ennemi. En un quart de seconde, les défenseurs de Poudlard et les Mangemorts ont dégainé leurs baguettes magiques. C’est la cohue. Harry, bien vivant, saute des bras de Hagrid en faisant mine de jeter des sortilèges en arrière pour couvrir sa fuite avant de bondir dans une contre-allée. Ca, c’est ce qu’on appelle une scène à couper au couteau.

Ainsi disparaît Celui-Qui-Doit-Tomber...
Ainsi disparaît Celui-Qui-Doit-Tomber…

Éclatement de la cellule familiale

Entre deux prises – et surtout deux averses – les comédiens se mettent à l’abri sous les arcades encore intactes des contre-allées. Les plus braves restent en place sous des parapluies aux proportions de parasols. « Vous avez pu voir le mannequin de Daniel que Robbie Coltrane tenait dans ces bras ?, nous demande Tom Felton. Impressionnant, hein ? Pour l’un des films précédents, j’en avais eu un, moi aussi. Il était si réaliste que ma mère a fondu en larmes en le voyant. On aurait dit que j’étais mort. » Daniel Radcliffe le rejoint. « Ce qui est d’autant plus bizarre, c’est qu’ils le baladent dans un sac en plastique noir zippé comme s’il… enfin « je »… sortais de la morgue. Ca fait froid dans le dos. »

Malgré les départs imminents d’une grande partie de la troupe dans quelques heures, l’ambiance est studieuse et bon enfant. « Tout le monde ici vous dira qu’on fonctionne comme une famille, explique le producteur David Baron. Moi, je suis presque un petit nouveau dans l’affaire. Je n’ai été là que pour six des huit films. Nous savons où sont les forces de chacun et nous nous faisons confiance. C’est un luxe énorme. » Un brin nostalgique, il ajoute : « Je me rappelle une des premières remises de prix de Harry Potter pour la télé britannique. Il y avait eu une conférence de presse et Daniel, Emma et Rupert étaient tous minots, c’est dingue. Je crois qu’il est important que l’on se souvienne du travail qu’a fait Chris Columbus avec ces enfants.« 

Ruppert Grint (Ron), Daniel Radcliffe (Harry) et Emma Watson (Hermione) au moment du tournage de Harry Potter à l'école des sorciers, en 2000.
Ruppert Grint (Ron), Daniel Radcliffe (Harry) et Emma Watson (Hermione) au moment du tournage de Harry Potter à l’école des sorciers, en 2000.

L’heure des adieux

Ces enfants ont grandi. Hier soir encore, Emma Watson avait invité tout le monde chez elle pour une grande fête d’adieux. Tous essaient comme ils peuvent de détendre le fond de tristesse qui plane dans l’air. L’œil qui frise, Emma Watson (Hermione) parle de vol désorganisé. « Il faut absolument que je mette la main sur mon retourneur de temps. Je ne sais pas où ils l’ont planqué mais pas question de partir d’ici sans. » Matthew Lewis (Neville), lui, raconte comment il s’est fait envoyer promener par une assistante de la production quelques jours plus tôt, alors qu’il passait dire bonjour à ses amis en train de tourner la dernière scène à la gare de King’s Cross. « Je voulais juste jeter un œil. Et là, une fille de l’équipe me tend une photo dédicacée de Emma, Dan et Rupert en me disant ‘C’est ce que tu voulais, non ?’ »

Dans la lumière qui commence à faiblir, David Yates prend lui aussi le temps de discuter un peu. « Généralement, sur ce genre de tournage, c’est toujours un peu le marathon. Mais aujourd’hui, nous trainons tous un peu des pieds, sachant que la plupart d’entre nous ne sera plus là demain. Quant à moi, il y a encore le montage qui m’attend. Je serais certainement le dernier à éteindre les lumières de Leavesden. »


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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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