Tetsuya Tsutsui, un mangaka contre la censure

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Poison City, le nouveau manga de Tetsuya Tsutsui, est un vrai manifeste pour la liberté d’expression, à l’image du combat du mangaka contre la censure japonaise.

Tetsuya Tsutsui est un auteur japonais qui dérange. De Duds Hunt à Prophecy, jusqu’à son dernier titre Poison City, sorti en mars 2015, chacun de ses mangas s’inspire des sujets sensibles de la société contemporaine. Sous couvert de fiction, Tsutsui dénonce les déviances des êtres humains. Réseaux sociaux et sur-connexion des individus, jeux de rôles qui vire au massacre… Il interroge les dérives de ce qui fait notre quotidien. Testuya Tsutsui est ce qu’on pourrait appeler un mangaka prophète.

Un auteur visionnaire

En 2012, lorsqu’il s’attaque au pouvoir d’Internet et aux nouveaux moyens de communication, il dessine Prophecy. L’histoire, en trois volumes, raconte comment un groupe de terroristes traque les hommes politiques qui profitent impunément du peuple sous le regard de millions d’internautes. Le sujet est à l’époque assez délicat, puisque renvoie à la neutralité du net, alors en pleine remise en cause. Qui peut avoir accès aux contenus ? Chacun doit-il avoir le droit de voir ce qu’il désire sur le web ? Tetsuya Tsutsui présente alors les réseaux sociaux comme le média numéro un… ce qu’ils deviendront depuis.

Le titre propulse l’auteur en tête des productions indépendantes. Malgré la classification dans le genre « Seinen » (pour adulte), Tsutsui et ses mangas sont plébiscités par les lecteurs.

Poison City © Tetsuya Tsutsui / Ki-oon
Poison City © Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

Un mangaka japonais made in France

Poison City est une expérience inédite pour l’auteur, comme pour son éditeur français Ki-oon. Le titre a été développé exclusivement en France, contrairement à la majorité des mangas produits au Japon, puis traduits en français.

Poison City nous projette quelques années dans le futur, et raconte l’histoire d’un auteur de manga sur le point de faire paraître une nouvelle série. Problème, le thème de son histoire risque de classer l’ouvrage dans la catégorie des mangas « nuisibles » à la jeunesse. Un choix difficile doit être fait : supprimer les scènes de violences au risque de dénaturer l’ensemble de l’œuvre, ou laisser le manga tel qu’il est mais subir la censure du gouvernement.

Poison City © Tetsuya Tsutsui / Ki-oon
Poison City © Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

Déclaré nocif pour les mineurs

Dès les premières pages de Poison City, le style de Tsutsui est identifiable. Le trait est propre, simple, efficace. Pas de surplus dans les trames. Le message est clair lui aussi. Tsutsui, comme à son habitude, ne perd pas de temps. Il introduit aussitôt la problématique de la liberté d’expression au travers du parcours du jeune mangaka. Poison City est très prenant, car il dévoile la progression du travail du personnage principal et son parcours psychologique pour défendre ses idéaux.

La mise en abîme est d’autant plus forte que Poison City fait écho à la censure vécue par Tetsuya Tsutsui avec Manhole, un de ses précédents mangas. En 2009, lorsque Manhole sort dans les bacs, l’agence pour l’enfance et l’avenir de Nagasaki classe le manga « œuvre nocive pour les mineurs » pour « incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes ». Poison City résonne alors comme un coup de gueule contre ces méthodes de censures fascisantes.

C’est une réussite ! Son manga prend aux tripes tant les valeurs qu’il défend sont d’actualités. Tsutsui va au-delà de la fiction en partageant sa propre expérience. Le message n’en est que plus fort. Comme à son habitude, Poison City sera une histoire courte. Deux tomes sont prévus. Autant vous dire que le final est attendu avec impatience.

Faites vous une idée de Poison City, en parcourant ses trente-trois premières pages, ici.
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J’aime regarder les choses, j’aime encore plus les sentir. Une histoire doit transporter, faire vibrer en bien ou en mal. Quelque soit le but, c’est le voyage qui reste le plus intéressant.

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One Response

  1. […] est à maintes reprises le sujet sous-jacent des mangas engagés. On rappellera les œuvres de Tetsuya Tsutsui et la dénonciation de la déshumanisation de l’individu par les réseaux sociaux, ou encore la critique sociétale faite par Kôno Kji avec Gewalt et ceux qui, perdus pour perdus […]

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