The Get Down fout le Bronx

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The Get Down

Après Treme, Empire et VinylThe Get Down est la nouvelle série musicale du paysage sériel. Grande fresque romanesque sur la naissance du hip hop, les six premiers épisodes, mis en ligne par Netflix à la mi-août, mettent tout le monde d’accord, ou presque : Baz Luhrmann, blanc et australien, réussit à retranscrire le bouillonnement culturel du Bronx des années 70, à grande majorité Afro-américaine et Latino. Qui l’eut cru ?

Si vous avez manqué le début : New York, 1977. Dans le Bronx, quartier gangrené par le crime et abandonné par les politiques, une jeunesse métissée fait sa révolution culturelle. Ezequiel, tailleur de mots au talent fou, Dizzee, graffeur mélancolique, et ses frères Boo-Boo et Ra-Ra, font la rencontre du mystérieux Shaolin Fantastic, DJ en formation aux mauvaises fréquentations. Ensemble, ils vont assister et participer aux premières heures du mouvement hip hop.

Après la nostalgie des eighties dans la très Amblinienne Stranger Things, Netflix recule d’une décennie pour plonger avec fièvre dans les seventies et les premiers balbutiements du mouvement hip hop. Ambitieuse et coûteuse (un budget pharaonique de 120 millions de dollars pour 12 épisodes, à faire pâlir d’envie Hollywood), The Get Down plonge dans le South Bronx de 1977 aux côtés d’une bande de gamins prêts à se tailler la part du lion à coups de scratch et de spray, inventant un son que personne n’a encore songé à nommer.
Cette histoire, où la culture urbaine rencontre l’engagement politique et social, on l’aurait bien vue dans les mains d’un Spike Lee ou d’un F. Gary Gray. Moins dans celles de Baz Luhrmann, un australien amateur de danse de salon (il en a fait un long-métrage, Ballroom Dancing, en 1992). Qu’importe, poussé par son amour des projets bigger than life, son fantasme des amours adolescentes et son obsession baroque pour les comédies musicales, il se lance dans le projet fou d’une fresque bigarrée où West Side Story rencontre Straight Outta Compton et Shaft.

Démesuré

On préfère vous prévenir, le pilot d’une heure et demi est un sacré morceau à avaler. On a failli jeter l’éponge, fatigués par la grandiloquence à la limite de l’indigeste de la réalisation de Luhrmann. Comme à son habitude, l’australien pousse les curseurs à fond. Aficionados de ce style que d’aucuns qualifieraient d’ampoulé, pas de problème, tout est là. La démesure des mouvements et des sons poussent à la tachycardie. Pour les autres, il faudra s’accrocher, sous la surcharge pondérale stylistique de Luhrmann se cache un bijou brut. DJ Baz scratche son histoire, sample ses intrigues, associe ses séquences et se rapproche en cela du hip hop, l’art du collage, du flow et de la superposition.
En refilant la caméra à Ed Bianchi, Andrew Bernstein et Michael Dinner pour le reste de la saison, la narration se pose, suivant la quête d’identité de ses jeunes héros auquel on s’attache, enfin. L’ambition de Luhrmann n’en est alors que plus visible. Comme à son habitude, il fait virevolter sa série de genre en genre, mixant le coming of age movie à la bluette adolescente avec Ezequiel et Mylene, ses jeunes héros aux rêves plus grands que le ghetto ; la fresque politique au témoignage historique lorsqu’il aborde la banqueroute de New York et la grande coupure de courant durant la canicule de l’été 77 ; les films de la Blaxploitation à ceux de kung-fu à travers le personnage de Shaolin Fantastic, prince des rues monté sur ressorts.

THE GET DOWN

 

Street Cred

L’habituel souci du détail de Baz Luhrmann emballe chaque épisode, de la reconstitution léchée aux images d’archives utilisées avec précision, en passant par la musique. Ah la musique… Comment réussir à retranscrire l’agitation culturelle des années 70, cet eldorado de la création musicale ? Avec passion et nostalgie, certes, mais en utilisant surtout des références pointues et précises. Pour montrer comment s’est opéré ce glissement du disco vers le rap et le hip hop, Luhrmann s’est entouré de pointures du milieu et de l’époque : Nelson George, pour la caution historique, Grandmaster Flash, Nas et Kool Herc pour la street cred et la formation des acteurs.
Car le get down c’est avant tout ce passage épuré des tubes, mis avant par le DJ, et qui permet aux MC’s et aux danseurs de s’exprimer. La série sait se faire didactique au moment de nous expliquer la naissance de ce son caractéristique, lors d’un cours particulier entre Grandmaster Flash et son grasshopper, Shaolin.

Block Party

S’il y a bien un élément sur lequel Baz Luhrmann n’avait pas droit à l’erreur, c’était la soundtrack, lui qui, jusqu’à présent, a élevé chacune des bandes-originales de ses films au rang d’oeuvre à part entière. En mixant les genres et les époques comme il l’avait fait sur Roméo + Juliette, Moulin Rouge et Gatsby le Magnifique, la musique façonne la série de manière universelle et furieusement moderne. Ainsi, Nile Rodgers apparait sur l’hymne disco-religieux de Mylene, « Set Me Free », Michael Kiwanuka met en musique le flow de Ezequiel sur « Rule The World », tandis que Donna Summer, Earth, Wind & Fire, les Commodores, KC & The Sunshine Band, War, Baby Huey ou The Emotions se rappellent à notre bon souvenir et réchauffent le dancefloor.
Petite précaution d’usage à prendre avant chaque épisode : pensez à vérifier votre batterie de téléphone et soyez prêt à dégainer Shazam. Pour tout amateur de funk, de disco et de hip hop, The Get Down sert de sympathique pense-bête, mais pour tout novice, elle a le rôle d’encyclopédie et de parfait jukebox. (PS : la B.O s’écoute ici ou ici, fonce)

Ces six premiers épisodes, complétés par six autres courant 2017 pour former une première saison, en appellent d’autres. Vainqueur par KO, The Get Down nous laisse exsangues mais avec l’impression d’être deux fois plus vivants, jaloux de ne pas avoir été les témoins privilégiés de cette époque où une bande de gamins s’apprêtaient à révolutionner la musique dans la moiteur des block parties du Bronx.

 

PopAndUpTheGetDownKiffance

 

The Get Down ▪ Créé par Baz Luhrmann et Steven Aldy Guirgis ▪ Avec Justice Smith, Shameik Moore, Jaden Smith, Herizen Guardiola, Jimmy Smits, Giancarlo Esposito … ▪ Diffusée sur Netflix ▪ 6 épisodes (60 minutes) pour la première partie de la 1è saison.

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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