The Honourable Woman, thriller politique et féminin

Classé dans : Le 140, Séries | 1

140 the honourable womanOn ne pourra pas reprocher à Hugo Blick de choisir la facilité. En 2011 déjà dans The Shadow Line, fantastique mini-série restée honteusement inédite chez nous, il s’interrogeait sur la moralité et le point de non-retour que peuvent atteindre policiers et mafieux en montrant de chaque côté les méthodes employées pour élucider le meurtre d’un baron de la drogue. En 2014, c’est une fresque familiale mâtinée de jeux de pouvoirs dangereux et de conflit israélo-palestinien qu’il nous offre avec The Honourable Woman. Pas vraiment une promenade de santé. Et c’est tant mieux. Nessa Stein (Maggie Gyllenhaal, elle aussi habituée aux détours artistiquement salvateur) a vu son père, industriel soutenant Israël grâce à la vente d’armes, se faire sauvagement assassiner sous ses yeux à l’âge de 8 ans. Trente ans plus tard, avec l’aide de son frère Ephra, elle a fait de l’entreprise familiale de télécommunications une fondation oeuvrant pour l’égalité des chances entre israéliens et palestiniens, ce qui lui a valu d’être anoblie. Mais lorsque le gagnant d’un appel d’offres qu’elle a lancé afin d’amener la fibre optique en territoire palestinien est retrouvé « suicidé », Nessa doit faire face à des démons qui la rongent depuis bien trop longtemps et à un complot aux nombreuses ramifications qui met en danger sa famille.

Le nouveau Homeland ?

Si l’on voulait appâter le chaland à coup de comparaison tapageuse, la plus simple serait de faire de The Honourable Woman la petite soeur britannique d’Homeland. Mais ce serait tellement réducteur qu’on ne le fera pas, leur seul point commun étant au final de placer un protagoniste féminin à la santé mentale légèrement ébranlée au coeur du conflit au Moyen-Orient. Loin des rebondissements incessants propres à la série américaine (même du câble), The Honourable Woman joue sur la langueur et a tout d’une production britannique actuelle : la classe, l’exigence et le style. On la rapprocherait donc plus des Utopia, Happy Valley et autres The Fall avec qui elle partage sa nationalité. Traumatisée par un événement dramatique ayant eu lieu des années auparavant, Nessa n’est pas si honorable que le titre de la série le laisse paraître. Elle survit dans un monde qui n’est ni noir, ni blanc. Un cauchemar gris où elle est constamment en représentation et se demande, tel un leitmotiv, à qui faire confiance. « Who do you trust ? » comme la rengaine que l’on entend dans chaque générique : Ephra, le frère qui s’est effacé mais reste un soutien indéfectible (Andrew Buchan aussi ambigu que dans Broadchurch) ? Atika, l’amie indispensable témoin du pire (Lubna Azabal, troublante) ? Hayden-Hoyle, l’agent du MI-6 qui met à jour la corruption qui prend place au sein même de la fondation Stein (Stephen Rea, flegmatique) ? Shlomo, l’homme qui l’a élevée comme un père de substitution ? Autour de ces figures traîne aussi un nid d’espions de tous bords (Fatah, Hamas, MI-6, gouvernements américains et israéliens…). « Who do you trust ? »

Jeux de pouvoirs et conflit israélo-palestinien

Hugo Blick le revendique, The Honourable Woman n’est pas livrée clés en mains, on peut même la targuer d’élitiste, de froide. Il a préféré être ambitieux, faire un pari sur l’envie qu’ont les téléspectateurs de laisser parfois place à la construction plutôt qu’à l’action. Il l’a dit d’entrée, la mini-série ne connaitra qu’une saison, 8 épisodes pour tisser la toile du destin de Nessa. Loin d’être suffisant pour ne serait-ce qu’essayer d’analyser la situation au Moyen-Orient. Mais était-ce vraiment le but ? The Honourable Woman est un fil tendu sur une actualité brûlante, qui évite soigneusement tout manichéisme en prenant la forme d’un thriller conspirationniste et en suivant le destin d’une femme sacrifiée sur l’autel de l’héritage, de la famille et de la culpabilité. Ces 8 épisodes s’avèrent être un choc sourd qui vous prend aux tripes par surprise. Un choc complexe, intense et aussi incompréhensible que peut l’être le conflit israélo-palestinien. Une tragédie moderne qu’on ne peut que finir les larmes aux yeux et la boule au ventre.

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

One Response

  1. […] même toutes productions télévisuelles comprises. Comme on vous le disait pas plus tard qu’ici, The Honourable Woman contient tout ce qui fait aujourd’hui de l’Angleterre la terre […]

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