Toni Erdmann – Que la farce soit avec toi

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Si vous avez manqué le début : Pour dérider sa fille ultra coincée, un homme entreprend de lui faire… des blagues.


Bien sûr, ce n’est qu’un palmarès et, au fond du fond, ça n’a aucune espèce d’importance. Pourtant, dans le contexte incomparable du Festival de Cannes, rien de moins que les Jeux olympiques du cinéma, la décision prise par le jury de George Miller de zapper purement et simplement Toni Erdmann a résonné comme une aberration encore plus tonitruante que l’annonce des lauréats. Ces messieurs-dames avaient-ils de la sciure dans les yeux ? Des barbelés autour du cœur ? Une paralysie collective des zygomatiques ?

Lucky loser

En 1977, le déchirant Une Journée particulière d’Ettore Scola ; en 2008, le sublime drame d’animation Valse avec Bachir d’Ari Folman : deux films portées aux nues par les festivaliers, eux aussi privés de podium à la consternation générale, aujourd’hui devenus d’incontestables classiques. Sans atteindre les mêmes cimes artistiques, le film de Maren Ade n’en a pas moins dominé la Compétition 2016 avec l’autorité objective d’un building dans un village de pêcheurs. Salves d’applaudissements spontanés en pleine projection, bouche-à-oreille incrédule, carambolage de formules sur le mode « on ne l’avait pas vu venir »…

À l’arrivée : rien. Ou plutôt : nichts.

Vainqueur majuscule

Venu d’Allemagne, Toni Erdmann raconte sur près de trois heures la manière dont un père veuf et solitaire entreprend de secouer, de bousiller, puis de sublimer à grands coups de farces et de canulars monstrueusement embarrassants l’existence de sa fille momifiée dans ses fonctions de businesswoman cannibalisée par son métier. D’une originalité démentielle, le scénario dégoupille des spasmes d’hilarité, des morceaux de bravoure extraterrestres (oui, une chanson de Whitney Houston  peut soulever le même enthousiasme que la course de chars de Ben-Hur !), des instants de pur malaise et d’autres où l’émotion cisaille sans prévenir, quitte à ce que certaines séquences donnent parfois le sentiment de tirer un peu à la ligne. Jouissif plaisir de l’instant, le résultat a certes quelque chose d’un  colossal « gadget d’auteur », éblouissant comme peut l’être une grosse ampoule.

Mais sa persistance  à combustion lente, son refus de se laisser oublier et ses images qui rejaillissent trois mois après sa découverte confirment que, sous ses dehors de perdant génial, il possédait bel et bien l’étoffe d’un vainqueur majuscule.


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