Trepalium, le salaire de la peur

Classé dans : Introducing, Séries | 3

Léonie Simaga

Kelija/Jean-Claude Lother

 

En lançant Trepalium, thriller d’anticipation glaçant car réaliste, Arte n’a pas froid aux yeux. Et si le travail, c’était tout sauf la santé ?

Si vous avez manqué le début : dans un futur plus ou moins proche, 80% de la population est au chômage. Parqués dans la « Zone », à l’écart des actifs et privés d’eau, denrée devenue précieuse, ils survivent. De l’autre côté du mur, les 20% de salariés sont pressés de travailler plus pour consommer plus et craignent à tout moment le licenciement. Ils ne vivent pas. Mais la révolte gronde. Des deux côtés.

Le mot « travail » est un dérivé du latin « trepalium », qui lui-même désigne un instrument de torture. Coïncidence ? Sûrement pas. Dans Trepalium, la nouvelle création originale d’Arte, le travail reprend ses vieilles habitudes et rend la vie dure, à ceux qui en ont comme à ceux qui n’en ont pas.
Au coeur de l’histoire se trouvent les destins croisés de Ruben (Pierre Deladonchamps, César du meilleur espoir masculin pour L’inconnu du lac), un actif désespérément ambitieux, et Izia (Léonie Simaga, ancienne sociétaire de la Comédie-Française et révélation de la série), une zonarde qu’il n’a d’autre choix d’embaucher suite à l’obligation de créer des « emplois solidaires ». Tous deux ont pourtant un instinct de survie commun : celui de tout faire pour protéger leur enfant.

Working Class Hero

En ouvrant les deux premiers épisodes de Trepalium par des citations de Ray Bradbury et Philip K. Dick, deux maîtres de l’anticipation, ses créateurs, Antarès Bassis et Sophie Hiet, assument le statut d’oeuvre de genre.
Moins science-fiction que dystopie, Trepalium déjoue ainsi le piège de la thèse sociologique moralisante et manichéenne. Elle préfère interroger le rapport au travail de notre société du « je bosse donc je suis », en lui opposant une version radicalisée. Politique, Trepalium fait en effet du capitalisme un régime totalitaire et de l’ultra libéralisme un facteur d’apartheid.
On y voit des humains parqués et numérotés, n’être rien car ils ne font rien, un mur les séparant du reste de la population. Libre à chacun de voir une résonance particulière avec l’actualité.

Ad Vitam

La grande force de la série est d’avoir réussi à convoquer un casting cosmopolite et habitué du grand écran (Charles Berling, Aurélien Recoing, Ronit Elkabetz, Lubna Azabal, Olivier Rabourdin…) pour habiter ce bel écrin rétro-futuriste, utilisant au mieux l’architecture d’Oscar Niemeyer pour le siège parisien du Parti Communiste.
Inspirée de Bienvenue à Gattaca, Black Mirror ou Real Humans pour l’ambiance, Hunger Games pour les décors et Mad Men pour les costumes, on peut regretter la froideur formelle de Trepalium. L’environnement clinique et l’austérité relative des personnages cantonnent parfois trop à la réflexion au détriment de l’émotion.

Selon sa productrice, Katia Raïs, quel que soit son succès, Trepalium ne connaitra pas de saison 2. Elle avoue cependant réfléchir avec Arte à un mode de diffusion pour le moment inédit en France : l’anthologie. Après le travail, le vieillissement d’une population sera le potentiel futur danger de nos sociétés à passer sous la loupe de Thomas Cailley (réalisateur césarisé pour Les Combattants), l’un des scénaristes de cette première saison qui devrait prendre la main sur sa suite. Ce nouveau tome a déjà un nom : Ad Vitam. On en sera.

 

PopAndUpTrepaliumKiffance

 

Trepalium▪Créé par Antarès Bassis & Sophie Hiet▪Avec Pierre Deladonchamps, Léonie Simaga, Aurélien Recoing, Ronit Elkabetz…▪Diffusé sur Arte à partir du 11 Février 2016▪6 épisodes ( 52 minutes)

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

3 Responses

  1. […] Olivier Marchal délaisse (un peu) le polar policier pour le thriller d’anticipation. Cinq après avoir lancé Braquo, il refait équipe avec Canal+ pour Section Zéro. En 2024, surendettés, les Etats ont lâché l’affaire et refilé le pouvoir à des multinationales sans scrupules. Pour éviter que des milices privées ne fassent la loi, un flic idéaliste va créer la Section Zéro pour leur faire face. M’est avis qu’on devrait voir la version burnée de Trepalium.  […]

  2. […] de fraterniser avec l’ennemi que de dénouer les fils de l’administration française. Trepalium nous plongera, début 2016, toujours sur Arte, dans un futur ultra-capitaliste où 80% de la […]

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