Une soirée au Nancy Jazz Pulsations : une scène, trois ambiances

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IziaNJP
© Catherine Bienvenot

 

Le Nancy Jazz Pulsations, NJP pour les intimes, est un festival éclectique se déroulant sur dix jours, tous les mois d’octobre, depuis plus de quarante ans, en Lorraine. Nous sommes allés passer une soirée musicale sous son chapiteau, bien accompagnés par Jeanne Added, Izia et The Dø.

 

Jeanne Added, une sombre lumière

Elle est la sensation rock de l’année. Portée aux nues par l’intelligentsia parisienne, réclamée par tous les festivals de France, de Navarre et même d’un peu partout ailleurs, Jeanne Added arrive pourtant à Nancy avec un statut d’outsider. En première partie de soirée, elle a la lourde tâche de précéder Izia et The Dø, déjà plus qu’intégrés dans le paysage musical français. Mais si les premières parties et les festivals servent bien à quelque chose, c’est à aider le public à faire des découvertes.
La jeune femme, violoncelliste biberonnée au jazz, passée par le Conservatoire, la Royal Academy of Music de Londres et le chant lyrique, a tout envoyé balader pour se mettre en danger dans un rock sombre et pointu. Son album, Be Sensational, réalisé par Dan Levy de The Dø (tiens, tiens), est un beau paradoxe. La voix douce de la chanteuse bataille avec des mélodies tendues, entre electro et post-punk.
Sur scène, accompagnée d’une claviériste et d’une batteuse, on ne peut que constater l’intensité des interprétations, mais regretter quelque peu une certaine froideur inhérente à ses compositions. Un set dense mais manquant un peu de folie.

taux de kiffance jeanne added

Izia, la déferlante

Quand on voit Izia sur scène, une chose est sûre, on s’en souvient. La première fois pour moi c’était en 2009. Elle sortait à peine de l’adolescence et j’entrais tout juste dans l’âge adulte. Elle m’avait mis une sacrée claque, la petiote, à 19 ans à peine et déjà cinq ans de concerts, un album fraîchement démoulé et une belle ascendance. Petite dernière du clan Higelin, Izia sait depuis bien longtemps que l’habitat naturel d’une performeuse est la scène, et c’est certain, elle sait en prendre possession.
Six ans et trois albums plus tard, elle débarque sous le chapiteau et, avant même qu’elle ait ouvert la bouche, j’ai la certitude que rien n’a changé. Son charisme et son envie d’en découdre prennent déjà toute la place. La Vague, le troisième album qu’elle a publié cette année, marque une évolution de ses compositions. Moins rock à guitare seventies et plus electro-pop francophone, on a presque peur qu’elle se soit assagie. Que nenni. Ballerine rock’n’roll, elle entre baguettes en main sur « Hey » et martyrise la caisse claire, obligée de prendre un shoot de Ventoline en fin de morceau pour calmer ses palpitations de rockeuse asthmatique.
En dialogue constant avec un public qu’elle n’hésite pas à chambrer mais qu’elle tient tout le long par la main pour l’entraîner dans des rythmes fous, Izia est d’une générosité sans égale sur scène. Marathonienne de l’espace, boxeuse de l’invisible, lionne en cage, elle électrise les morceaux de La Vague et continue à prendre son pied sur les anciens : « Twenty Times A Day« , « Lola« , « So Much Trouble » ou bien encore l’incontournable « Let Me Alone« .
Au bout d’une heure de concert, le régisseur sonne la fin de la récré mais impossible pour la jeune femme de ne pas proposer au public l’intégralité du show qu’elle lui avait promis. Elle coupe « Tomber » en plein milieu pour se lancer dans un dernier quart d’heure de folie où elle jette toute son énergie dans la bataille, jusqu’à l’incandescent « Reptile« . Showgirl fougueuse, tigresse sensuelle au sourire ravageur, Izia a transformé sa Vague en véritable raz de marée.

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The Dø, renversants

23 heures, quelques minutes bouffées par Izia, les néons s’allument. Dan Levy prend place derrière son clavier, Olivia Merilahti prend possession de la scène en robe blanche. Les synthés grondent, faisant monter doucement la pression jusqu’au plus haut des gradins. Le duo franco-finlandais débute ce soir une nouvelle tournée, quelques mois après la sortie de Shake, Shook, Shaken.
Grosse journée donc, qu’ils ont entamé en publiant sur la toile le court-métrage Miracles, inspiré par leurs morceaux.The Dø a profité de ce troisième album pour glisser vers plus d’electro, comme Izia. Sur scène, on ressent avant tout l’amour de la musique, de la composition. Mélomane, Dan Levy virevolte des claviers à la guitare, Olivia Merilahti tournoie en tendant son micro au public, ils iront même jusqu’à laisser la scène à leurs comparses musiciens pour « B.W.O.J« , un morceau instrumental de leur deuxième album, prenant, à nos côtés, la place de spectateurs conquis.
La setlist fait la part belle aux morceaux de Shake, Shook, Shaken mais n’oublie pas de rappeler à notre bon souvenir « Aha« , « The Bridge Is Broken » ou « Too Insistent » de leurs précédents albums, réorchestrés pour l’occasion. Les chansons s’enchaînent presque sans interruption, les jeux de lumières éblouissent et le public, suspendu aux lèvres de ø et aux doigts de d, n’a pas vu l’heure et demi passer.

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Si jamais vous passez, un beau soir d’octobre, par la Lorraine (avec ou sans sabots), gagnez la place Stanislas, suivez les applaudissements que vous entendez jusque dans le parc de la Pépinière et n’hésitez pas à entrer dans ce chapiteau magique où la musique résonne souvent jusqu’au bout de la nuit.

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

One Response

  1. […] Les meilleurs moments du festival ici. […]

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