La Villa, Grande Bleue à l’âme

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Si vous avez manqué le début : Dans une petite calanque du nord de Marseille, celle-là même où ils ont grandi, Angèle, Joseph et Armand se retrouvent autour de leur père victime d’une attaque. L’occasion pour les trois frères et sœur de se remémorer leurs souvenirs d’enfance et de faire un point sur les valeurs reçues en héritage, tandis que l’arrivée de trois enfants migrants vient bousculer leurs réflexions.

Il y a dans la filmographie de Robert Guédiguian des films moindres et des sommets, en ce qu’ils synthétisent parfaitement les thématiques et les questionnements qui traversent le cinéma du réalisateur. La Villa, son vingtième film, avec toujours la même bande d’acteurs et les mêmes décors, est de ceux-là.

Unité de lieu

Source inépuisable d’inspiration, Marseille – ville natale du cinéaste – a été le décor de la plupart de ses films, dont il a décliné les multiples facettes de récit en récit, avec un attachement tout particulier pour le quartier de l’Estaque, celui-là même où il a grandi. Dans La Villa, nous sommes à quelques encablures du nord de la ville, dans la petite calanque du Méjean, petit bout de terre coincé entre deux collines, où les maisons s’enchevêtrent les unes par-dessus les autres, surplombé par un majestueux viaduc sur lequel passe à heures régulières le train qui sillonne la Grande Bleue.

Aujourd’hui lieu de villégiature estivale, les petites maisons des pêcheurs et ouvriers qui travaillaient au port de Marseille ou dans les usines environnantes ont laissé place aux résidences secondaires et locations de vacances.
Une fois l’été terminée, le village est désert et ne reste plus sur place que quelques derniers Mohicans, parmi lesquels Maurice qui, contemplant le soleil à l’horizon, une cigarette à la main, lâche un « Tant pis ! » avant de s’effondrer, pris d’une attaque.

 

Sur la scène de ce théâtre en plein air, autour du père qui ne marche et ne parle plus, se réunissent les trois enfants que la vie a séparés. D’abord il y a Armand, l’aîné (Gérard Meylan), qui est resté vivre auprès de son père et a repris le petit restaurant familial que ce dernier avait créé avec l’idée d’offrir aux habitants du coin des bons petits plats peu chers. Mais aujourd’hui il n’arrive plus à joindre les deux bouts.
Puis il y a Joseph, le cadet (Jean-Pierre Darroussin), parti travailler en ville mais qui, après de nombreuses années de bons et loyaux services, vient d’être brutalement renvoyé.
Et enfin, il y a Angèle, la benjamine (Ariane Ascaride), actrice parisienne reconnue, froide et renfermée, qui n’a pas remis les pieds ici depuis la mort brutale de sa fille dont elle impute la responsabilité à son père.

Passé, présent, futur

Dans la douceur du soleil hivernal, attablés autour d’un plat de pâtes, les trois frères et sœur se remémorent avec nostalgie les souvenirs de leur enfance passée dans ce petit coin de paradis et les convictions transmises par leur paternel. Par un tour de passe-passe, Guédiguian va même jusqu’à intégrer quelques extraits de son troisième film, Ki lo sa ?, réalisé il y a trente ans, dans lesquels on retrouve les trois mêmes personnages dans la même calanque, insouciants et rieurs sous la chaleur de l’été, acmé émotionnel du film.
Mais la douce utopie est aujourd’hui défaite, ce que Guédiguian dépeint parfaitement en évoquant le gouffre d’incompréhension qui séparent les différentes générations : d’abord il y a le père, utopiste de la première heure, qui rêvait de faire de cet endroit idyllique un modèle de fraternité et de solidarité. Ensuite viennent ses trois enfants qui ont tenté, chacun à sa façon, de perpétuer les valeurs et les idéaux inculqués par leurs parents mais qui se sont heurtés aux réalités du capitalisme galopant et ont en partie perdu leurs illusions.

 

Et puis il y a le réel qui fait subitement irruption au cœur de cette fable mélancolique, dans toute l’urgence et la brutalité de son actualité. Car la Méditerranée, derrière ses séduisantes apparences, est aussi devenue le plus grand des cimetières.
Aussi, en portant secours à trois jeunes enfants rescapés d’une embarcation de réfugiés échouée sur la côte, tous nos personnages, malgré leurs divergences dans la façon de voir le monde, se retrouvent rassemblés autour des mêmes valeurs d’humanisme délaissées au quotidien.

Entre nostalgie du passé, aléas du présent et confiance en l’avenir, La Villa marque sans doute, vingt ans après la sortie de Marius et Jeannette qui l’avait fait connaître du grand public, l’apogée de la carrière du cinéaste marseillais.


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