90’s, planche de salut

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90’s, premier long métrage de Jonah Hill, affiche des accents autobiographiques en s’inscrivant dans la veine des Larry Clark, Gus Van Sant et autre François Truffaut. Et surprise, il procure la même sensation que les premières fois de ces cinéastes clés de l’apprentissage périlleux : la justesse.

Si vous avez manqué le début : Dans le Los Angeles de l’été 95, Stevie, 90 centimètres pas plus, 13 ans au compteur, cherche sa place entre une mère absente et un grand frère caractériel. Une place l’attend au sein d’une bande de skateurs amateurs plus âgés, plus cool et tout aussi paumés et mal dans leurs baskets que lui.


Les nineties seraient-elles les nouvelles seventies ? La question est légitime tant elles opèrent le même hold-up sur notre nostalgie que les Trente Glorieuses par le passé. Petite lucarne ou grand écran ne cessent de satisfaire, avec plus ou moins de talent, notre désir de se vautrer dans une période qui une fois joliment patinée et mise en musique semblait plus heureuse.
Aussi, quant au dernier Festival de Toronto nombre de critiques se sont enthousiasmés pour le premier film en tant que réalisateur de l’acteur Jonah Hill, 90’s, on s’est légitimement un peu inquiété. Baliser un film avec les codes d’un passé heureux (à savoir du rap, du skate, des compact disc à gogo et des game-boy en supplément) suffisait-il à en faire un bon film ?

Un film conjugué au temps de la première fois

90’s narre l’histoire de Stevie, gamin de 13 ans qui cherche sa place. Avec ses grands dadais de copains dont les activités principales consistent à s’affaler dans des canapés pour exercer la vanne et traîner les rues skate au pied, Stevie va connaître ces précieuses premières fois qui quadrillent le passage aussi jouissif que pénible vers l’adolescence. C’est avec un équilibre précieux, dénué de tout le pathos parfois propres aux films labellisés « coming of age », que Jonah Hill suit ce gamin taiseux au regard terriblement attachant.
En guise d’introduction, un couloir silencieux et soudain un petit corps de gosse projeté puis roué de coups par un frangin plus âgé. Une ellipse plus tard, le petit corps ankylosé prend le risque de s’aventurer dans la chambre interdite du grand frère et sa ribambelle de trésors. Les CD sagement alignés, les jeux vidéos à gogo, les chaussures bien rangées, les posters aux murs… Tous les codes de l’époque sont là, à portée de main, d’écoute et de regard. L’alchimie prend corps. Et tous les spectateurs se retrouvent alors connectés à leurs souvenirs, période 90 centimètres pas plus.

Smells like teen spirit

Avec 90’s, Jonah Hill utilise le filon vieux comme le monde du gosse qui cherche à s’affranchir du carcan familial pour trouver son moi véritable dans celui du clan. Rien de nouveau sous le soleil a priori.
Le film est pourtant d’une grande maturité en observant des garçons immatures qui grandissent tant bien que mal. La langue habituelle de Hill acteur, comprenez “la potacherie”, n’émerge que dans les scènes entre mâles en devenir qui testent leurs blagues salaces sur un auditoire conquis d’avance par peur de ne pas être dans le coup. L’unique langage ici, c’est le silence ou le skate, “pour ce que ça fait à notre esprit” explique l’un des leurs. Soutenu par une esthétique au grain vintage ultra réaliste et à une bande-son old-school mâtinée de Pixies, The Pharcyde, Morrissey ou Cypress Hill en plus des plages entêtantes de Trent Reznor et Atticus Ross, 90’s ne se prend pas pour plus qu’il n’est. Il dit cependant beaucoup en s’attardant sur les regards plein de bravade qui peuplent le film.

Film à la fois sur la solitude et la camaraderie, 90’s est un film de troupe servi par un casting sauvage des plus réussi. En premier lieu grâce à la pépite Sunny Suljic, un petit être de 90 centimètres de hauteur qui porte toute la mélancolie du monde dans son regard et toute son innocence dans son sourire. Stevie rend à chacun de nous un peu de ce paradis perdu où les vêtements se portaient larges, les CD s’échangeaient et où ce diable d’Internet n’était pas venu nous voler notre temps et une part de candeur.
90’s ne s’accroche pas à notre besoin de nostalgie, il s’attarde sincèrement sur l’apprentissage complexe, primitif, silencieux et égoïste de la vie avec les autres et, surtout, avec soi-même.


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