A Star is Born, née sous une bonne étoile

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Scénariste, producteur, réalisateur, acteur, musicien, chanteur… Bradley Cooper multiplie les premières fois avec son remake d’A Star is Born. Il offre notamment son premier grand rôle de cinéma à Lady Gaga. De quoi rendre  ce classique hollywoodien encore plus mythique.

Si vous avez manqué le début : Ally enchaîne les petits boulots mais ne respire vraiment que le soir, lorsqu’elle assouvit sa passion pour la chanson en se produisant dans un club de drag queens. L’un de ces soirs Jackson Maine, star country-rock en perdition, est dans la salle. Il tombe amoureux d’Ally autant que de sa voix et va tout faire pour l’aider à percer alors que lui-même s’enfonce dans les abimes de la dépression et de l’addiction.


On a tous déjà eu cette impression de savoir précisément ce qu’un film allait nous raconter avant même d’avoir mis les pieds dans la salle de cinéma. Remake oblige (celui d’un film éponyme de 1937), avec A Star is Born on y entre en sachant que l’on va voir une bluette tournant autour d’un chanteur has been et de sa protégée.
Mais pour aborder la version 2018 signée Bradley Cooper, il faut commencer par se demander pourquoi ce film a fait l’objet de quatre versions en 80 ans. Son synopsis est peu ou prou toujours le même : une star sur le déclin prend sous son aile une jeune artiste encore inconnue, leur trajectoire professionnelle s’inverse en même temps qu’ils tombent amoureux. Classique. Il semble donc qu’outre l’histoire d’amour tragique, l’acuité avec laquelle le film raconte les mirages de l’entertainment, peu importe l’époque, en ait fait l’un des mythes fondateurs de l’usine à rêves.
C’est en effet tout un pan de l’histoire du cinéma qui découle de ce point de départ pourtant simpliste. Si on met de côté les remakes, des classiques tels que Chantons sous la pluie, New York, New York, The Artist ou La La Land en sont des dérivés. Avec le temps et l’évolution des industries, les films passent du milieu du cinéma à celui de la musique mais posent toujours la même question : qu’est-ce qu’être une star et quels sont les sacrifices que ce statut impose à la vie personnelle ?

Gaga Land

Les trois remakes d’A Star is Born ne s’y sont pas trompés en choisissant Judy Garland, Barbra Streisand et Lady Gaga pour incarner la rising star. Toutes y trouvent une résonance personnelle. Garland, accro à la drogue et à l’alcool, fait son retour sur grand écran après une tentative de suicide et quatre ans d’absence dans la version de 1954. Elle y gagnera une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice. Streisand, au fait de sa gloire, veut un projet à son image qu’elle contrôlerait de A à Z. Sur la version de 1976 elle produit, joue, porte ses propres vêtements (comme signalé dans le générique) chante, compose et remporte l’Oscar de la meilleure musique.
Avec la version de 2018, Gaga poursuit un processus de retour à plus de simplicité, entamé musicalement avec l’album Joanne, qui trouve sa continuité ici. Elle se déleste petit à petit de ses oripeaux de diva extravagante et le film nous la fait découvrir au naturel. Elle s’y révèle bouleversante de fraîcheur, pas encore formatée par les tics de jeu que ce genre de prestation auraient déclenché chez une actrice installée. Sa performance devrait lui permettre de décrocher, si ce n’est la statuette elle-même, du moins une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice.

 

 

Mélo-die

Bradley Cooper n’est pas reste en rock star déchu, à mi-chemin entre le Kris Kristofferson de la version de 1976 et un Eddie Vedder actuel. Ce rôle de cowboy revêche au bord de l’implosion, hanté par ses fêlures d’enfance et incapable de se contenter d’être heureux semble lui coller à la peau. Investi comme jamais, il porte sa première réalisation du changement d’intonation de sa voix (plongée dans les graves pour les besoins du rôle) aux accords de guitare (apprise intensivement durant une année entière et qui lui donne une assurance rare au cinéma pour les scènes de live).
Si on sent la critique du star system et de la notion de célébrité sincère, A Star is Born confirme sa place à part dans le patrimoine cinématographique en restant avant tout un grand mélodrame hollywoodien. Une fresque romantique, lyrique, sensible qui vous cueille malgré sa prévisibilité grâce à l’alchimie palpable entre deux êtres que la musique relie. Une évidence, comme les morceaux de la bande-originale, véritables tubes en puissance dès leur découverte. C’est d’ailleurs ce qui fait la quasi-perfection de la première partie du film, où la beauté brute de la performance scénique nous est rendue aussi intense qu’éphémère.

Une étoile est née

Malheureusement, la deuxième partie sombre parfois trop dans la caricature de l’amour rendant aveugle tout en se nourrissant de manière méta de la propre carrière de Lady Gaga. Troublant mais trop long. Dans un dernier sursaut tragique, A Star is Born assène que l’amour ne guérit de rien. Comme en 1937, 1954 ou 1976, intemporel, implacable et sans doute un peu naïf, le film emporte tout grâce à une dernière phrase préfigurant la naissance d’une artiste enfin elle-même, mais dont le cœur appartient éternellement à un autre.

 


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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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