Amanda et ceux qui restent

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 0


 

Après Memory Lane et Ce sentiment de l’été, Mikhaël Hers poursuit son exploration de la jeunesse face au deuil avec Amanda. Premier film post-13 novembre, il sonde la mélancolie d’une époque et explore la notion de paternité accidentelle avec douceur.

Si vous avez manqué le début : David, vingtenaire insouciant, voit sa vie basculer un soir d’été où il doit pique-niquer au parc de Vincennes. En retard, il échappe à l’attaque terroriste qui blesse ses amis et tue sa sœur. Il doit maintenant apprendre à vivre avec les stigmates de l’attentat et sa nièce de 7 ans, Amanda, désormais orpheline.


A lire ce synopsis peut-être avez-vous peur d’Amanda. Peur de vous retrouver devant un drame au pathos exacerbé qui joue de notre empathie pour les événements du 13 Novembre. Mais si vous connaissez un tout petit peu le cinéma de Mikhaël Hers, vous savez que son film ne peut qu’être à mille lieues des poncifs mièvres que pourraient engendrer un tel sujet.
Son cinéma est d’atmosphère, d’ambiance, la mélancolie s’y insinue toujours dans les interstices d’une chaude journée d’été. Cette saison n’a rien de superficiel chez lui, c’est au contraire le réceptacle parfait à la tristesse des personnages. Un écrin de chaleur et de lumière qui adoucit leur solitude et donne envie d’arpenter ces villes baignées de soleil à leurs côtés.

Père et repère

Hers fait de Vincent Lacoste un autre de ces réceptacles à mélancolie. David est peut-être son premier personnage d’adulte enfin sorti de l’adolescence. Quelle année pour le jeune acteur ! Canaille dans Plaire, aimer et courir vite, sensible dans Première année, Lacoste est aujourd’hui bouleversant dans Amanda.
Hers fait de ce jeune homme le reflet de la jeunesse touchée par la précarité contemporaine. Abandonné par sa mère, protégé par une sœur et une tante, ne pouvant (ne souhaitant?) vivre que de petits boulots, David a pourtant toujours choisi la légèreté, la solidarité et la bienveillance à la violence de la société moderne.
A l’heure des choix, malgré sa propre douleur et la culpabilité du survivant, il doit accepter et apprendre à devenir le repère et le protecteur d’une petite fille qui n’a plus que lui, des larmes dans les yeux et une brosse à dent à la main. La complicité entre Vincent Lacoste et la jeune Isaure Multrier fait délicatement écho à la relation en (re)construction des deux personnages.

Elvis has left the building

Cinéaste des villes, Mikhaël Hers réalise une capture fidèle de Paris post-attentat : les militaires sillonnent la ville, des portiques s’érigent à l’entrée des lieux publics… Mais pour ne pas se heurter aux images d’horreur sous lesquelles nous avons tous été noyé après le 13 novembre, le réalisateur préfère leur substituer celles d’un attentat imaginaire au cœur du Bois de Vincennes. Sans éluder sa brutalité, sa perception ainsi que celle des sentiments qu’il déclenche chez les personnages sont d’une pudeur déchirante.
Ces protagonistes errent, comment souvent chez Hers, à pied ou à vélo, dans les parcs ou dans les rues. Cette déambulation leur permet de se réapproprier leur ville après l’horreur, mais aussi de se servir d’elle comme outil de résilience. Malgré la douceur indolente des images, les couleurs chatoyantes, l’ambiance légère et le quotidien ordinaire, Amanda n’esquive pas la peine : il la rend douloureusement belle.

En racontant une histoire qui peut toucher, qui a touché, chacun d’entre nous, Mikhaël Hers explore surtout la vie qui refait surface. Il n’a décidément pas son pareil pour filmer l’espoir qui renait, ici à la faveur d’une bouchée de Paris-Brest ou d’un sourire au milieu des larmes sur un court de tennis. Excelsior.

 


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