Bohemian Rhapsody : la tournée critique

Classé dans : Cinéma, La tournée critique | 0

 

C’est à Bryan Singer qu’on a confié la lourde tâche d’illustrer tout le génie de Queen dans Bohemian Rhapsody. On l’a vu. On est allé s’en parler autour d’un verre. C’est la tournée critique de Pop’Up.
Par Marine Bienvenot et Christophe Chadefaud

Si vous avez manqué le début : “We Will Rock You”, “Don’t Stop Me Now”, “We Are The Champions”… Queen a marqué l’histoire de la musique, principalement grâce à son leader Freddie Mercury. Génial, punk, incontrôlable, homosexuel, séropositif… Il était multiple et insaisissable. Il était l’essence même de Queen et du rock’n’roll.


 
(effaré) : Tu peux m’expliquer ce qu’on vient de voir là, s’il te plait ?

 

(dubitative) : Une relecture complètement fantasmée de la carrière de Queen et de la vie de Freddie Mercury. Et moi qui pensait bêtement qu’un biopic reflétait la réalité…

 

Il est donc humainement possible de passer à côté de son sujet à ce point-là. Bravo Bryan Singer. En résumé, depuis X-Men 2, le mec a complètement craqué en fait. Pourquoi faire mine de s’intéresser à Freddie Mercury si tu as peur d’aller au fond du sujet ? Ça me rend dingue !

 

Craqué, c’est le terme puisqu’il n’a même pas terminé le tournage du film, viré par la production pour absences répétées et mauvaise entente avec Rami Malek. L’acteur étant le seul qui semble réellement se préoccuper de donner corps à l’existence hors normes de Mercury, on peut supposer que le laxisme de Singer n’est pas passé auprès de celui qui le campe admirablement.

 

(pensif) : Je vois… Ça explique sans doute le naufrage total du projet. Étant donné le système hollywoodien, sur ce type de projet, le réalisateur se doit d’être AUSSI le producteur, sinon il n’a aucun contrôle sur son film. Mais bon, ce n’est pas le sujet. Et ça n’excuse pas ce résultat catastrophique. Rami Malek est clairement habité. Son engagement est palpable. L’ensemble du cast est vraiment bon d’ailleurs. C’est d’autant plus rageant pour eux car ils n’ont rien à jouer. J’adore Gwilyn Lee qui joue Brian May.

 

Mais oui ! Gwylin Lee EST Brian May. La ressemblance est frappante.
En parlant des producteurs, il se trouve que Brian May et Roger Taylor, deux des membres restant de Queen, produisent Bohemian Rhapsody, et qu’ils ont œuvré pour une histoire “officielle”, aseptisée, qui n’aborde pas la vie dissolue de Mercury et font de la réussite de Queen un effet de groupe, de famille. Alors que, soyons objectifs 5 minutes, sans Mercury Queen n’aurait jamais rencontré le succès colossal qui fut le sien. Sans parler du révisionnisme concernant son homosexualité et de la pudibonderie à propos de sa maladie.
 
 
J’ai vraiment bien fait d’aller voir le film avec toi. Si ça n’avait pas été le cas, j’aurais juste ragé contre Singer de ne pas avoir eu les c### de traiter son sujet. Maintenant, partant du principe que, d’une part, Singer et la production ont eu des “divergences artistiques” comme on dit poliment, pour ne pas dire qu’ils se sont balancés des moissonneuses-batteuses à la tronche, et que May et Taylor sont montés au créneau pour que ne soit PAS traité le cœur de l’histoire de Queen – car oui la vie privée de Mercury fait partie intégrante de leur histoire – ce biopic ne pouvait être qu’un ratage pathétique. J’espère que May et Taylor sont contents du résultat en tout cas parce que, pour le spectateur qui était, assez logiquement, intéressé par Freddie Mercury, et bien, lui, il l’a dans l’os. Bien. Bien. Profond.

 

Vu les scores que fait le film dans le monde, ils doivent surtout se dire que leur petit business a encore de belles années devant lui. Ils organisent aussi des tournées hommages où le fadasse Adam Lambert prend la place de Mercury. Sacrilège, je sais, mais la nostalgie est super bankable de nos jours…

 

Tout ceci est d’une tristesse…

 

Pour trouver quelques réussites à ce biopic Wikipedia, il y a quand même de bons moments de musique. En plus de la reproduction du mythique concert Live Aid de 1985, qui clôt le film et est recrée dans sa quasi-intégralité, les coulisses de la composition de l’hymne “Bohemian Rhapsody” nous plongent enfin dans la psyché musicale et l’ultra-perfectionnisme de Mercury. On est enfin dans un biopic musical là.

 

Mouais… Suis d’accord pour la première partie du concert mais pas pour son intégralité. Plus les scènes avancent et plus ça devient amateur côté caméra. Et tout le film est découpé comme une série de scénettes qui empilent les gimmicks musicaux qui ont vu naitre les titres de légendes. Tu sais pourquoi ce rythme ne fonctionne pas ? Parce que le scénario a été amputé de l’âme de Mercury. On. Ne. Sait. Pas. Qui. Est. Ce. Type. Le cast a beau être brillant, quand tu n’as RIEN à quoi te raccrocher, il est impossible que se créent de vrais moments de connivence.

 

Complètement d’accord. D’ailleurs comme on n’a pas réussi à caler “Dont stop me now” et “The Show Must Go On”, glissons-les subrepticement dans le générique… De la même manière que l’on élude l’aspect punk de Mercury, en lissant tout ce qui a fait de lui la rock star ultime des années 80, le film s’achève au moment où il se découvre malade du SIDA. Queen n’aurait alors plus été au centre de l’histoire, Bohemian Rhapsody s’arrête donc là, sans jamais être sorti des clous.

 

Cette image Punk des 80’s faisait chier le reste du groupe à l’époque, comme a AU MOINS la correction de le reconnaître le film. J’imagine que la bonne nouvelle dans tout ça, c’est qu’il y a toujours la place pour un grand biopic flamboyant sur Freddie Mercury. Amis réalisateurs avec des cojones, hissez haut les couleurs de la diversité et lancez-vous ! Je verrais bien un Toddy Haynes ou un John Cameron Mitchell pour relever ce genre de défi.

 

Stephen Frears était attaché au projet à ses débuts avec Sacha Baron Cohen dans le rôle titre… Pas mal non ?

 

Pas mal, oui. Ne perdons pas espoir de voir le film dont on rêvait. Un jour, qui sait.
 

 


 

  • 25
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    25
    Partages
Suivre Marine Bienvenot:

Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

Articles récents de

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.