5 bonnes raisons de regarder Here & Now

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Drôle de semaine pour Here & Now, la nouvelle série d’Alan Ball (Six Feet Under). Présentée à SériesMania, on a appris dans le même temps son annulation par la chaîne HBO. Cette première saison restera donc l’unique pour une série audacieuse et visionnaire, empreinte d’humour et d’émotions, où les chemins narratifs, nombreux, divergent pour mieux se retrouver. Alors que la série familiale a de nouveau le vent en poupe, là où This is us s’attache à une vision intimiste des drames personnels et des émotions qu’ils suscitent sur plusieurs générations, Here & Now fait de son récit familial une métaphore de l’Amérique actuelle en plein questionnement sur elle-même. Même si son annulation précoce nous laisse quelque peu sur notre fin, voici 5 raisons de se lancer dans Here & Now.

 


Si vous avez manqué le début : A Portland, la famille Bayer-Boatwright, idéaliste et multiculturelle, semble avoir tout ce qu’il faut pour être heureuse. Pourtant, derrière les apparences, tout n’est pas si parfait. Quand l’un d’eux est pris de visions paranormales effrayantes, les liens qui les unissent vont être mis à rude épreuve.


 

Pour le plaisir de retrouver Alan Ball

Son Oscar en 2000 pour le scénario d’American Beauty, dans lequel Kevin Spacey et Annette Benning incarnaient un couple d’une banlieue pavillonnaire en pleine crise de la quarantaine, avait propulsé Alan Ball sur le devant de la scène. Il s’était alors lancé dans l’écriture d’une série qui allait profondément et durablement marquer les esprits et l’histoire de la télé américaine. En cinq saisons, Six Feet Under a réussi, à travers le récit des atermoiements personnels d’une famille de croque-morts, à dresser le portrait d’une Amérique post 11-Septembre en plein questionnement. Après un détour vampirique avec True Blood (sept saisons tout de même), son retour à la série familiale aux accents politiques, était attendu comme le messie. Surtout en pleine ère Donald Trump…

 



Pour sa famille attach(i)ante

Here & Now, c’est avant tout l’histoire d’une grande fratrie que les parents, progressistes convaincus, ont voulu idéaliste et multiculturelle en adoptant trois enfants venus de pays que les Etats-Unis se sont employés à blesser au cours de leur histoire récente. Il y a d’abord Ashley, venue du Libéria, aujourd’hui mère de famille à la tête d’un business de vente de vêtements en ligne florissant. Puis il y a Duc, venu du Vietnam, control freak au possible et coach de vie alors même qu’il est incapable de contrôler la sienne. Suit Ramon, venu de Colombie, homo, geek et mal peigné, en proie à des visions qui vont venir bouleverser en profondeur les rapports familiaux. Et enfin il y a Kristen, la petite dernière, seule enfant biologique du couple qui se considère avec beaucoup de cynisme comme « l’ennuyeuse gamine blanche de la famille ». Elle va tout faire pour tenter de se différencier des autres (un peu à la manière de Claire dans Six Feet Under). Malgré leurs différences et leurs incompréhensions, leur passé qui les hante et leur peur de l’avenir, ce drôle de mélange façon United Colors of Benetton est profondément attachant.

 


Pour l’autopsie sans concession de l’Amérique libérale

La description passionnante des liens qui unissent une famille soudain mise à l’épreuve, sert de catalyseur à Alan Ball pour mettre à nu les hypocrisies qui rongent une certaine Amérique. Dès le premier épisode, le vernis social de cette famille soi-disant parfaite éclate. L’auteur dénonce alors avec cynisme une Amérique qui donne des leçons de morale tandis qu’elle se replie de plus en plus sur elle-même. Ce renoncement devenant responsable du climat délétère ambiant, où le racisme se banalise à vitesse grand V. A ce titre, l’expérience que les deux sœurs, l’une noire et l’autre blanche, font d’une même garde à vue est terrifiante. La première ayant été profondément humiliée, la seconde ayant trouvé ça drôle…

 


Pour les performances de Tim Robbins et Holly Hunter

A la tête de cette fratrie née d’un usage un brin excessif de la discrimination positive, il y a deux parents, deux bobos idéalistes. Lui, Greg, professeur de philosophie à l’université en mal de reconnaissance. Elle, Audrey, ancienne thérapeute qui croit dur comme fer à son « initiative pour l’empathie », visant à ramener un peu de bienveillance dans les relations humaines. Tim Robbins (qu’on ne voit malheureusement quasiment plus au cinéma), donne au premier toute l’apathie du soixantenaire en pleine crise existentielle. Holly Hunter, bien loin de la mutique et péremptoire GJ de Top of the Lake, incarne à merveille cette mère de famille volubile et intrusive, certes pleine de bonne volonté mais qui voudrait pouvoir tout contrôler. L’un éteint, l’autre hyperactive, leur relation ne peut que finir par provoquer des étincelles.

 


Pour Navid, personnage multiple

Personnage a priori secondaire, Navid est peut-être le plus intéressant. Camarade de classe de Kristen, c’est aussi le fils du psychiatre que voit Ramon. A sa façon, et avec une étonnante lucidité, il cristallise toutes les interrogations qui traversent la société actuelle sur les questions de race, de religion et de genre. S’il est un garçon à l’école, une fois chez lui, Navid se maquille comme le ferait une femme. Mais il n’est pas transsexuel pour autant, plutôt « genderfluid ». Homo ? Pas vraiment non plus, disons qu’il n’est pas question pour le moment de se ranger dans une catégorie bien définie. Et avec tout ça, il revendique le droit d’être musulman et croyant, et donc de porter le voile. Autant dire que dans l’Amérique bien blanche de l’ère Donald Trump où ressurgissent, même chez les plus jeunes, des pulsions extrêmes de domination, cela n’est pas de tout repos…

 


 

 

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Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

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