Carrie & Lowell, Sufjan Stevens en état de grâce

Classé dans : Le 140, Musique | 2

© Emmanuel Alofabi

Cinq ans après les errements électro-baroques de The Age Of ADZ, Sufjan Stevens revient en grâce avec Carrie & Lowell. Un album de deuil en hommage à sa mère et à son beau-père, les Carrie et Lowell du titre. Fragile, aérien et définitivement folk.

Multi-instrumentaliste surdoué (guitare, piano, mandoline, banjo, flûte, hautbois, j’en passe et des meilleurs) et stakhanoviste de la production (15 albums en 15 ans), Sufjan Stevens est considéré comme le chef de file du mouvement néo-folk entamé au début des années 2000. Chantre d’un minimalisme où l’émotion effleure chaque note, il a aussi su remettre au goût du jour le folk à l’américaine dans toute sa noblesse. Fanfares, albums-hommages à différentes histoires des états américains (Greetings From Michigan et Come On Feel The Illinoise), E.P de chansons de Noël disponible gratuitement sur Internet (Songs For Christmas), disque inspiré par l’oeuvre d’un obscur artiste passablement dérangé (Royal Robertson sur The Age of ADZ) … Le garçon ne s’interdit aucun challenge et ne laisse en tout cas ni la loi du marché, ni le succès dicter sa conduite. Ou sa musique.

Surdoué en quête de sens

Mais voilà, lui qui avait habitué son public à un album par an, tel un Woody Allen qui aurait troqué ses lunettes contre un banjo, annonce en 2012 qu’il n’ira jamais au bout du Fifty States Project. Il disparaît de la circulation. On parle d’une mystérieuse maladie neurodégénérative qui le ferait atrocement souffrir et l’aurait rendu à moitié fou. Mais c’est finalement la mort de sa mère qui l’aura retenu loin de la musique. Pour un temps. Sans se cacher derrière les albums-concepts qui ont fait sa renommée, ce natif de Détroit revient avec Carrie & Lowell, un disque désarmant, fragile et aérien en hommage à sa mère et à son beau-père disparus.

Carrie & Lowell, des adieux lumineux

Carrie, c’est cette mère schizophrène, dépressive et victime d’addictions diverses, qui a abandonné un Sufjan à un an à peine. Lowell, c’est l’homme qu’elle a fini par épouser, celui en qui Sufjan avait confiance au point de créer avec lui Asthmatic Kitty Records, le label qui distribue tous ses albums ainsi que ceux des jeunes pousses qu’ils décident tous deux de mettre en avant (My Brightest Diamond, DM Stith, The Welcome Wagon…). Si ce n’est l’album de la raison, on peut utiliser le concept tout aussi éculé de “l’album retour aux sources” pour parler de Carrie & Lowell. Un retour aux sources comme un retour à la raison. Cathartiques, les onze morceaux permettent au fils à la voix d’ange mélancolique de ressusciter, honorer, pleurer et questionner cette mère fantomatique (All Of Me Wants All Of You »). Stevens se met à nu, il se souvient de ses absences pour ne pas (l’) oublier (Fourth Of July »), dans un état que seul le deuil permet. L’expérience de la perte d’un être cher ramène Stevens à une simplicité, un minimalisme, une discrétion que l’on n’attendait plus de lui (Should Have Known Better »). Et que l’on est ravis de retrouver.

Comme un pied de nez, Sufjan Stevens aurait même camouflé un State Album hommage à l’Oregon dans ce quinzième album (Eugene »). Quand on parlait de retour aux sources… Doux-amer, lumineux, triste et pourtant enchanteur, Carrie & Lowell est une merveille entre murmures et tremblements.

 

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