Cat Power, good woman

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Photos : Eliot Lee Hazel

 

The Greatest est de retour. Cat Power, déshabillée des oripeaux électroniques de Sun, son dernier album datant d’il y a six ans, revient à la douceur acoustique de ses débuts. Cela nous rend Wanderer on ne peut plus nostalgique.

Un jour, Cat Power a voulu être la meilleure, “The Greatest”. C’était à l’aube des années 2000. Ce jour-là, elle a donné à tous le meilleur qualificatif pour la définir. Même quand elle flanchait aux yeux de certains, cheveux blonds coupés à la garçonne sous un « Sun » plus électronique qu’électrique il y a de cela six ans, elle demeurait « The Greatest » dans le cœur de son auditoire, fidèlement amouraché de son âme lumineuse en temps obscur. 

En ce début d’automne, son vague à l’âme précieux revient chahuter sa foule de fidèles. Figure vénérée de la veine indé des années 90, l’Américaine réapparaît sur la scène de nos obsessions musicales avec un nouvel album apaisé baptisé Wanderer. Un album pour prendre la poudre d’escampette, retrouver une version sereine de la Cat des prémisses et ressentir le pouvoir de la route imaginaire qu’il existe en soi.

On the road 

Wanderer – comprenez vagabond.e en français – se dessine au fil de onze titres sans destination précise à une époque où il faut à tout prix en avoir une. Pour ce road-trip intérieur, l’artiste se contente du bardas minimaliste le plus efficace qui soit : sa guitare et sa voix languissante à la diction parfois brumeuse pour mieux traduire son fog intérieur. Pas besoin de s’encombrer plus. Sa machine attrape-coeur ainsi constitué vous enveloppe d’une délicieuse lenteur, vous reconnecte à la simplicité désarmante de son être… et du vôtre par la même occasion.

Parce qu’au final, il n’est question que de ça. Question d’elle, puis de nous. Ce n’est pas un hasard si ses couplets se ponctuent d’un mystérieux « toi ». Bienfaisant ou chargé de reproches. Ce « toi » on le prend comme on veut, mais on le prend surtout pour soi. C’est là le pouvoir de Cat. Pouvoir hérité dès l’enfance d’une grand-mère qui lui faisait écouter tant de musique qu’elle comprit que de cet art transparaissait notre être profond.

Just like a woman

Dès le premier titre, « Wanderer », on semble toucher au mystique grâce à un choeur qui vous donne l’impression de pénétrer dans cet album de Cat Power comme dans un lieu sacré. Ce onzième album au compteur respire les profondeurs à tous les niveaux. Les profondeurs des débuts, de la route, du cœur, d’une intériorité en surchauffe. Ce nouveau tour de piste prodige emballe parce qu’il sent bon le passé, l’époque bénite des « Moon Pix » et des « Greatest ». Mais d’un passé qui aurait compris le chemin parcouru, qui ne se vautrerait pas dans la mélancolie. 

En interview pour ce nouvel opus, Chan Marshall ne cesse de raconter son vagabondage, sa dépression passée, sa difficulté d’avoir du donner le change à la période « The Greatest ». Elle parle aussi de sa vie aujourd’hui, de son enfant de trois ans – qu’on distingue sur la pochette de l’album -, de sa façon d’être au monde. En lui donnant des chansons, elle y existe comme une femme de parole, ainsi qu’elle le chante sur le beau « Woman », un titre qu’elle partage avec une fan de la première heure : Lana Del Rey. Cat Power fait aussi un clin d’oeil à Rihanna en revisitant son tube « Stay ». Une cover à sa façon, piano-voix, qui en fait un titre aérien et unique. Un art de la reprise qu’elle avait déjà expérimenté sur le sublime The Covers Records. 

 

C’est à partir de cette cover que le disque passe à la vitesse supérieure, prend de l’ampleur en prenant son temps, et expatrie son auditoire en apesanteur. Elle enrobe cette reprise tant aimée de tout son foutu désir de perfection, de toute sa sensibilité. Les pistes suivantes « Black », « Robbin Hood », « Nothing Really Matters » et « Me Voy » se succèdent avec une aisance étrange. Différents et si proches à la fois, ils incarnent à merveille le sortilège secret détenue par cette fille du sud depuis ses débuts sur la scène new-yorkaise des années 90. Titres funambules qui avancent sans correspondances réelles et font naître chez son auditoire un incommensurable besoin de se les repasser en boucle. Des compositions lentes où il fait bon se lover pendant des heures. Des heures étirées de mélodies éthérées pour se rafistoler l’âme ou pour la sonder.

South american get away

Ils sont peu nombreux à réussir à nous arracher au temps, réveiller nos profondeurs, brusquer notre intériorité, mener à bien ce vagabondage intérieur.  Avec ce Wanderer, Cat Power n’a jamais autant été la fille d’Atlanta, à l’ascendance irlando-cherooke, biberonnée à cette Amérique précieuse d’antan où terres et musiques s’accordaient pour conter leurs peines. Ambivalence extrême de la musique dans toutes ses langues, folk, blues ou soul. Cat Power trace son sillon dans les pas des plus grands. Ce simple mot prononcé, « Wanderer », ou le titre suivant, « Horizon », suffisent à lui faire emboîter le pas de cette lignée d’artistes américains qui sont indissociables de la route, tels que Bob Dylan ou Neil Young. Wanderer nous a fait d’ailleurs l’effet du Hitchicker du boss canadien : c’est un objet un peu sombre né en retrait du monde, cherchant son sens dans un voyageur intérieur pour faire naître un songe collectif.

Seule ou accompagnée par des soeurs de c(h)oeurs, Chan Marshall apparaît plus que jamais comme la digne héritière de ces pierres qui roulent sur la route américaine. Une lonesome songwriter de plus, baladant en musique son insondable sensibilité pour tenter de comprendre, en vain, le monde.

 


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