Douleur et Gloire, la tournée critique

 

Le Festival de Cannes 2019 s’en est allé. Il nous a donné l’envie de revoir Douleur et gloire, de Pedro Almodovar. On est allé s’en parler autour d’un verre. C’est la tournée critique de Pop’Up.
Par Marine Bienvenot et Christophe Chadefaud

 


Si vous avez manqué le début : Un réalisateur célèbre retrouve l’un de ses anciens acteurs après trente ans de silence. Une rencontre qui en appelle une autre et fait ressurgir des souvenirs d’enfance, l’éveil du désir et le désir de filmer.


 

Je repense à la bande-annonce du film… Ça commence avec cette phrase d’Almodovar qui dit “Douleur et gloire est-il un film basé sur ma vie ? Non, et oui, absolument.” C’est tellement ça.

 

Oui, ça fait une bonne accroche parce que c’est exactement son film, et même, en poussant un peu, exactement son cinéma. Parce qu’il y a toujours un peu d’Almodovar dans ses personnages. Mais c’est vrai que pour Douleur et Gloire, impossible de ne pas voir qu’Antonio Banderas EST Pedro Almodovar. Les deux hommes ont poussé le mimétisme jusqu’à la coupe de cheveux et aux tenues bariolées.

 

Même sans penser qu’Almodovar joue entre la fiction et des éléments personnels réels, le film est vraiment fort. Au final, ça n’a pas tant d’importance que ça qu’il soit en partie ou totalement autobiographique. Je crois que ce qui me touche le plus, c’est cette fluidité de dingue dans sa mise en scène, cette façon de passer du présent aux souvenirs… C’est très beau.

 

Oui, c’est vrai qu’on n’est jamais perdu. Cette habileté, on la retrouve dans un autre film cannois, Sibyl. Mais revenons à nos moutons ibériques ! Avec cette mise en abime, Almodovar s’interroge sur la naissance du désir, qu’il soit sexuel ou cinématographique, et sur sa renaissance. Et c’est assez bouleversant.

 

Ça faisait un moment qu’il n’avait pas été à un tel niveau. Je trouve Julieta assez dispensable, Les amants passagers frise la vulgarité et La piel que habito était bien trop weird pour moi. Il faut bien remonter dix ans en arrière pour trouver un film d’Almodovar aussi puissant.

 

Julieta était l’amorce de ce retour en force. Mais effectivement, avant ça, je serais tenté de remonter jusqu’à Volver, en 2006. Et puis de toute façon son chef d’œuvre absolu reste Tout sur ma mère
En le disant, je me rends compte que c’est justement parce qu’il a laissé à la porte bon nombre de ses obsessions pour se concentrer sur l’essentiel – l’histoire, la sienne qui plus est – que Douleur et gloire est si fort.

 

Complètement d’accord. Il a aussi des airs de film sur les années perdues avec ces tentatives de se réconcilier avec son passé. Il est à la fois triste et doux-amer, plein de regrets et de lumière.

 

Almodovar n’a peut-être jamais été aussi virtuose dans sa mise en scène, d’ailleurs. L’épure lui réussit. Elle lui permet de se jouer du spectateur en lui faisant croire qu’il est face à des souvenirs alors qu’il s’agit de sa future œuvre. Brillant.

 

  Toutes les séquences du passé, où on le voit lui enfant, sont tellement chatoyantes ! On dirait presque du Technicolor, avec ces tons ultras chauds, tous ces rouges, un peu comme si la mémoire sublimait les souvenirs les plus précieux.

 

Et c’est sûrement le cas. Almodovar aura 70 ans en septembre et Douleur et Gloire a tout du film-somme, un “Tout sur Pedro” en quelque sorte. Mais comme il ne fait jamais rien comme tout le monde, plutôt que de s’appesantir sur le passé dans une forme de “c’était mieux avant”, il en fait une quasi psychanalyse qui lui permet de se relancer et de regarder vers l’avenir en étant sûr de son art. Ça donnerait presque envie de vieillir cette confiance retrouvée.

 

Mmm… Presque. Pour moi le final est presque un clin d’œil, une façon de dire “la vie et un film, autant que les films sont la vie.” On est bien d’accord là-dessus.

 

Et si, en plus, c’est un film d’Almodovar, la vie sera pleine de couleurs.

 

 


 

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Suivre Christophe Chadefaud:

Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.