Hippocrate, réparer les vivants

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Thomas Lilti, médecin converti avec succès au cinéma, adapte pour le petit écran son long-métrage, Hippocrate, sur le quotidien des internes, médecins et personnels médicaux de l’hôpital public. Et si la France tenait enfin sa première vraie bonne série médicale ?

Si vous avez manqué le début : Hôpital Raymond-Poincaré de Garches. A la suite du décès d’un patient à cause d’un virus inconnu, les médecins titulaires du service de médecine interne sont placés en quarantaine. Trois internes se retrouvent alors en charge des patients et des urgences, aidés par un médecin légiste FFI (Faisant Fonction d’Interne).


Entre les cultissimes “NFS, chimie, iono !” d’Urgences et les quickies en salle de garde de Grey’s Anatomy, il y a tout un monde médical que la télévision américaine a exploré jusqu’à la lie. Des médecins atypiques (Dr House, The Good Doctor) à l’étude de cas aussi sanguinolents qu’invraisemblables (Code Black, 911) les médecins et leur univers sont probablement la profession la plus étudiée par le petit écran. Sauf en France.
Avec les échecs et/ou la piètre qualité de Doc Martin, L’hôpital ou bien encore Nina, la fiction française avait du pain sur la planche pour s’approcher de la précision, du réalisme et du charisme de ces blouses blanches marquantes. Avec Hippocrate, mais aussi Médecin de campagne et Première année, Thomas Lilti a prouvé qu’il était le plus à même de transposer à la télévision la diversité de son ancien milieu professionnel.

Coup de blouse

Si elle n’en est ni la suite ni le remake, on retrouve dans Hippocrate la série le point de vue à la fois fasciné et sans fard des internes sur l’AP-HP qui était déjà au cœur du long métrage éponyme. Inspiré par d’anciens collègues, le quatuor d’internes de Lilti est formé de personnalités aussi différentes que complémentaires. Alyson Lévèque (Alice Belaïdi) débarque pour son premier jour d’internat et se retrouve dépassée par les événements. Hugo Becker (Zacharie Chasseriaud), fils de la chef du service de réanimation, suit le mouvement, décontracté dans cet univers familier. Chloé Antovska (Louise Bourgoin dans son meilleur rôle), quatrième année ambitieuse, mène tout le monde à la baguette mais cache un lourd secret. Arben Bascha (Karim Leklou), médecin légiste franco-albanais, voit la quarantaine comme l’occasion de faire ses preuves en vue d’un transfert auprès des vivants.
Dans le réalisme social mais aussi le romanesque fictionnel, Hippocrate apporte un éclairage sans artifice sur les manquements et les erreurs, à la fois humains et budgétaires, de l’hôpital public.

Grand corps malade

Tournée dans l’aile désaffectée d’un vrai hôpital, Hippocrate est une expérience de télé immersive comme rarement. La série se rapproche d’Urgences dans sa manière de peupler l’hôpital par les médecins, certes, mais aussi tout le personnel soignant et administratif ; de remplir les épisodes d’actes médicaux quotidiens et stressants, évidemment, mais sans négliger la prise en charge et le suivi.
Dans un style quasi documentaire, Hippocrate n’élude rien des dysfonctionnements, de la vétusté des bâtiments, des batailles de lits entre services, des personnels épuisés et en sous-effectif, des internes peu préparés à l’autonomie… Mais le cœur de la série réside dans la relation patient-soignant. Qu’il s’agisse de retrouver au milieu des déchets le dentier d’une petite mamie, de gérer le stress de la sortie d’un jeune homme après une réassignation de genre ou le doute d’une interne après sa première garde, l’empathie est de mise.

Malgré un état des lieux aussi bouleversant qu’inquiétant, les huit épisodes d’Hippocrate suffisent à insuffler l’envie d’en voir plus, happés à la fois par son rythme, son charme et son suspense. Décidément, après Dix pour cent, Le Bureau des Légendes ou bien encore Irresponsable, le paysage sériel français se porte bien.


 

Hippocrate ▪ Créée par Thomas Lilti ▪ Avec Louise Bourgoin, Karim Leklou, Alice Belaïdi, Zacharie Chasseriaud… ▪ Diffusée sur Canal + ▪ 8 épisodes (52 minutes)

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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