Killing Eve, l’espionne qui m’aimait

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Phoebe Waller-Bridge n’en finit plus de surprendre et de séduire. Après la comédie générationnelle irrévérencieuse (Crashing), le portrait grinçant entre féminisme et cynisme (Fleabag) et un petit détour dans une galaxie lointaine, très lointaine (Solo : A Star Wars Story), elle s’attaque au genre ultra-balisé du thriller d’espionnage. En le dépoussiérant copieusement, évidemment.

Si vous avez manqué le début : Peu passionnée par son boulot de gratte-papier dans les bureaux des services secrets anglais, Eve Polastri enquête durant son temps libre sur une série de meurtres restant inexpliqués dans toute l’Europe. Persuadée qu’ils sont l’œuvre d’une femme, elle se jette à corps perdu dans un jeu du chat et de la souris avec celle qui se fait appeler Villanelle…


Phoebe Waller-Bridge est décidément une voix à part dans le paysage audiovisuel mondial actuel. Acclamée pour Fleabag, sa chronique douce-amère d’une trentenaire dépressive, ça ne l’a pas empêchée d’effectuer un virage à 180 degrés dans son processus créatif pour accoucher de Killing Eve.
Rien de surprenant cependant tant la jeune femme, dans chacun de ses projets, a brouillé les pistes et mélangé les genres. Killing Eve possède donc bien tous les atours d’un thriller d’espionnage (violence, complots internationaux, femme fatale…) mais aussi l’humour noir, le sens de l’absurde et le féminisme qui ont fait la marque de fabrique de son auteur.

Art moderne

Si l’on devait utiliser un seul adjectif pour définir les séries de Waller-Bridge ce serait moderne. Killing Eve n’échappant pas à la règle. Elle y détourne les codes du style de l’espionnage, rendant le face à face de la série 100% féminin. Une gageure pour le genre. Elle fait aussi reposer la relation entre les deux femmes non pas sur un simple affrontement bien/mal, mais sur l’ambiguïté qui s’en dégage. Cette étude de caractères n’est pas sans rappeler celle liant Hannibal Lecter et Will Graham.
Eve est fascinée par l’absence de remords et la facilité avec laquelle Villanelle fait le mal ; Villanelle est intriguée par la normalité et la routine de vie d’Eve. L’obsession devient alors réciproque et on finit par ne plus savoir qui chasse l’autre.

La révélation Jodie Comer

Les deux femmes partagent une obstination, une détermination et une intelligence magnifiquement incarnées par Sandra Oh et Jodie Comer. Si l’une est devenue grâce à la série la première comédienne d’origine asiatique à être nommée pour l’Emmy Award de la meilleure actrice dans un drame, c’est pourtant Jodie Comer qui est la véritable révélation de ces huit épisodes.
Si l’habitué des séries anglaises l’aura déjà remarquée dans My Mad Fat Diary, Dr Foster ou Thirteen, sa prestation en tueuse à gages psychotique et polyglotte est incroyable. Incroyable car inclassable. Mi-femme fatale, mi-enfant, Villanelle est capable en une fraction de seconde d’endosser la personnalité qui lui permettra d’approcher sa victime.
Jodie Comer joue de cette dualité en rendant son personnage, à mi-chemin entre Dexter et Nikita, à la fois fragile et dangereuse, calculatrice et attachante, flippante et drôle. Semblant sans attaches ni états d’âme, elle tue par plaisir et exerce son métier avec panache et originalité. Un flacon de parfum, une épingle à cheveux ou une table de massage pouvant devenir entre ses mains des armes redoutables.

 

Killing Eve pousse à son paroxysme le mélange des genres. Espiègle, grinçante, intense… Ce thriller mâtiné d’un humour très noir, passant d’une scène de pure action à un dialogue absurde et hilarant, est l’une des meilleures séries de l’année. A n’en pas douter.


 

Killing Eve ▪ Créée par Phoebe Waller-Bridge ▪ Avec Sandra Oh, Jodie Comer, Fiona Shaw, Kim Bodnia … ▪ Diffusée sur Canal + ▪ 8 épisodes (45 minutes)

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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