Lady Bird, girlhood

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Si vous avez manqué le début : Christine est frustrée. Frustrée par son lycée catholique conservateur, par la banlieue californienne où elle vit et rien ne se passe, par la situation précaire de sa famille, par les piques incessantes de sa mère et même par son prénom, affreusement banal. Pour surmonter sa dernière année de lycée, elle est bien décidée à prendre le contrôle de sa destinée, en commençant par se rebaptiser comme elle l’entend. Ce sera Lady Bird.

Malgré ses Golden Globes de la meilleure comédie et de la meilleure actrice dans une comédie pour Saoirse Ronan, Lady Bird faisait figure de petit poucet dans la course aux Oscars. Elle n’en demeure pas moins une oeuvre initiatique touchante et Greta Gerwig, seule femme nommée à l’Oscar de la meilleure réalisation, le fer de lance d’une nouvelle représentation de la femme comme metteur en scène.
Egérie du mouvement mumblecore (un cinéma indépendant à très petit budget porté notamment par son compagnon, Noah Baumbach), cette touche-à-tout s’est lancé, pour sa première réalisation en solo, dans le genre ultra-balisé du coming-of-age movie. Mais sous cette trame extrêmement classique, Lady Bird cache une réflexion intime sur les sacrifices de la classe moyenne pour ne pas briser trop tôt les rêves de ses enfants.

Crash into me

Si Greta Gerwig assure ne pas avoir fait un film autobiographique, Lady Bird comporte suffisamment d’éléments rappelant la jeunesse de son auteure pour que le doute subsiste. Comme elle, elle vient de Sacramento, a fait ses études dans un lycée catholique puis dans une université new-yorkaise, et ce n’est sans doute pas un hasard si le film se situe au début des années 2000, à l’époque où la réalisatrice était elle-même adolescente.
C’est sans doute pour cela qu’elle réussit admirablement à rappeler le trouble de cette période, qu’il s’exprime par une une colère pas toujours juste ou une envie d’absolu pas toujours réaliste. Gerwig balise son film de passages obligés du genre : les déceptions sentimentales et amicales, l’ennui provincial, la perte de la virginité, l’indispensable prom night… mais ne laisse pas son ado faussement rebelle se contenter de cocher les items de sa to-do list au son d’Alanis Morissette, Justin Timberlake et du Dave Matthews Band.

Cry me a river

Le coeur du film est ailleurs, dans la relation houleuse entre Lady Bird et sa mère faites de non-dits, de pudeur bornée et d’admiration farouche. Entre la fille, rebelle artificielle (épatante Saoirse Ronan), et la mère, infirmière qui porte à bout de bras toute sa famille (intense Laurie Metcalf), c’est en fait la peur qui parle. Celle de ne pas avoir les moyens de ses ambitions pour l’une, et celle de voir sa fille quitter le nid sans avoir pu lui dire à quel point elle la rend fière pour l’autre.
Lady Bird décale alors son propos et en devient touchant. Ce regard tendre et nostalgique sur les chimères de cet âge rappelle John Hughes (Sixteen Candles, The Breakfast Club, Pretty in Pink, Ferris Bueller’s Day Off…). Tout comme l’attachement de la réalisatrice à ses seconds rôles. Du petit ami cachant son homosexualité (Lucas Hedges) à celui jouant les intellos tourmenté (Timothée Chalamet), en passant par la meilleure amie fidèle (Beanie Feldstein) et le père dépressif aimant (Tracy Letts), tous ont été choyés et donnent au film un univers riche.

Greta Gerwig a pleinement conscience d’illustrer un âge perdu d’avance, un moment suspendu comme un pont entre deux vies, où l’on ne sait pas encore très bien qui on veut être et encore moins qui l’on est vraiment. Le seul moyen est alors de partir pour mieux revenir, peut-être. Dire au revoir à Lady Bird pour enfin (re)devenir Christine.


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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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