Lettre à Mia Hansen-Løve : l’Avenir et moi

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L'avenir, de Mia Hansen-Løve

 

Depuis cinq films, Mia Hansen-Løve pose son doux regard sur le cinéma français. L’Avenir, le dernier en date, questionne notre rapport à la liberté, à la transmission et à la solitude, toujours avec cette même douceur. L’occasion, pour nous, d’écrire une lettre à cette réalisatrice qui marque, imperceptiblement mais avec force, notre cinéphilie depuis près de dix ans.

Chère Mia,

 

C’est après une phrase, prononcée l’un de ces quatre matins sur France Inter, que j’ai ressenti l’envie irrépressible de voir L’Avenir. Vous disiez : “J’ai appris à répondre à ma peur de l’avenir par l’amour du présent”.
Depuis la découverte émue de Tout est pardonné en 2007, j’attends chacun de vos films avec impatience mais aussi un peu de frisson, de peur d’une découverte déceptive.
Ce ne fut jamais le cas. Mais L’Avenir je ne l’attendais pas. Dois-je y voir une parabole de ma propre peur de demain ? Peut-être. À la présence au casting d’Isabelle Huppert, une actrice installée à laquelle je m’identifie moins que celles que vous choisissez d’habitude ? Aussi.
Peu importe, je suis évidemment dans mon fauteuil rouge dès la première séance de ce si important premier jour d’exploitation, impatiente et frissonnante. 1h40 plus tard, le verdict est sans appel : en voyant L’Avenir, j’ai relancé le mien et parie plus que jamais sur le vôtre.

 

Je vous ai toujours imaginée cinéaste pointilliste, dont les petites touches discrètes ne formeraient une oeuvre consciente qu’une fois que l’on s’en éloigne. C’est ce qui, selon moi, fait toute la beauté et le charme de votre cinéma : sa discrétion.
Il est aussi intemporel, presque anachronique, en décalage tant avec vos jeunes 35 ans qu’avec son époque. Cinéaste de l’intime et de l’observation, vous valorisez l’intelligence sans en faire un poncif de francophilie gaucho-bobo. Vous redonnez ses lettres de noblesse au mot “simplicité” qui, au cinéma comme dans la vie, est trop souvent confondu avec “simpliste”.

Mia Hansen-Løve

© Paul Rousteau

 

Vous filmez la nostalgie avec luminosité, le spleen avec chaleur. Associer le bonheur à la mélancolie, ça me parle, Mia, peu savent le comprendre et encore moins le filmer. Cette caméra enveloppante, qui capture un Paris estival comme personne d’autre, choisit toujours la lumière pour faire face à la perte (Le Père de mes enfants), l’abandon (Un amour de jeunesse), le désamour (Tout est pardonné) ou la peur du lendemain (L’Avenir).

 

Vous flirtez souvent avec la tristesse, puis, au fur et à mesure, vos films transcendent cet état de fait avec pudeur pour choisir l’optimisme. Toujours. Vos héroïnes (car il s’agit souvent d’héroïnes à l’exception de Paul dans Eden), sont résilientes, prêtes à renaître dans l’indépendance. Nathalie ne fait pas exception. Prof de philo quinqua, fraîchement divorcée et orpheline, elle se retrouve à devoir faire face à un avenir flou alors qu’elle le croyait tout tracé.
Avec une douceur infinie et une émouvante délicatesse, Nathalie fait l’apprentissage de la solitude comme espace de liberté et vous réussissez à rendre Huppert humaine. Pas le moindre de vos exploits.

 

Les coups durs sont digérés avec une paisible élégance, dans L’Avenir, car nous sommes tous conscients que la vie pique, nous fait trébucher. Qu’elle donne, souvent, pour reprendre, parfois. Ou peut-être est-ce l’inverse.
Vos films, chère Mia, nous montrent qu’il faut parfois s’accorder le temps de regarder passer la vie, mais qu’il faut aussi la prendre à bras le corps pour se réinventer chaque jour et recommencer, toujours plus, à vivre. À aimer le présent pour mieux préparer le futur. Tout comme l’avenir (le vôtre, le mien, le leur), on ne sait pas de quoi vos prochains films seront faits mais je suis certaine d’une chose, ils seront emplis de votre sensibilité et de votre bienveillance. Comme toujours.

Marine

 

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