Pio Marmaï et Adèle Haenel en totale liberté !

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Pierre Salvadori, neuf long-métrages au compteur, redore le blason de la comédie française à l’aide du burlesque, de l’émotion, d’Adèle Haenel, Pio Marmaï et d’un max de liberté.

Si vous avez manqué le début : Yvonne, policière, découvre qu son mari récemment décédé était en fait un flic ripoux. Rongée par la culpabilité, elle décide de jouer l’ange gardien de celui qu’il a envoyé en prison à sa place pour le casse d’une bijouterie. Il vient d’être libéré et semble un brin dérangé…


Ecrivez En Liberté ! s’il vous plaît. Avec un exigeant point d’exclamation pour prévenir du ton du sujet. Un sujet pressé, vorace, ambitieux, volubile comme cette scène d’ouverture qui cultive plus la ressemblance avec un film d’action américain qu’une comédie d’auteur française.

Laissez-nous vous planter le décor. Une porte d’appartement vole en éclat. Les murs et les meubles connaissent un sort identique et puis quelques visages avec. Sans compter la musique qui tambourine au rythme des coups qui pleuvent. L’espace d’un instant on en viendrait presque à se demander si nous sommes devant le bon film. Puis très vite le rythme millimétré, épris de liberté !, prend le dessus. Nous sommes évidemment au bon endroit, chez Pierre Salvadori.

L’homme, la cinquantaine dans les faits mais une dizaine d’années dans le fond (le fond étant le cinéma, évidemment), n’est hélas pas très connu du grand public. Pourtant, quand devant ce neuvième film (Les Apprentis, Hors de Prix, De vrais mensonges…) des spectateurs se lèvent dans l’ombre et quittent la salle au bout d’une vingtaine de minutes seulement, on serait bien tenté de leur courir après pour leur demander où ils ont foutu leur âme d’enfant…

De vrais mensonges

La scène d’ouverture s’écoute comme un conte. Un joli mytho mitonné par la mère courage Yvonne – interprétée par cette tornade merveilleuse d’Adèle Haenel – et raconté à son petit garçon tous les soirs avant le coucher. Le père super star, mort au combat si on peut le formuler ainsi, est campé par un détonnant Vincent Elbaz qui envoie valdinguer avec charme et sourire en coin les malfrats, tel un Belmondo période Magnifique. Sauf que la mère, flic elle aussi, apprend au hasard d’une descente dans un club sadomasochiste que sa jolie alliance, sa jolie maison et sa vie tout entière ont été sponsorisées par le fruit des arnaques de son ripoux de mari. Bien que son collègue Louis, secrètement épris d’elle – le doux maladroit joué par Damien Bonnard – lui conseille de ne pas s’en faire et d’éviter la rancœur, Yvonne plonge tête baissée dans la culpabilité. Et pour cause : parmi ses nombreuses combines, on compte un casse de bijouterie dont il a fait porter le chapeau à un innocent. 

Yvonne se met en tête de venir en aide à l’innocent dont la vie fut gâchée. Ce dernier sort justement de prison et semble un brin dérangé. Antoine – interprété par un Pio Marmaï irrésistible – parle tout seul, insulte à tout va et commet des actes d’une violence absurde et maladroite. Le joyeux théâtre de Pierre Salvadori peut commencer. Tout est permis dans ce monde de grandes personnes qui s’amusent comme des gosses, on vous aura prévenu !

Cibles émouvantes

Depuis ses débuts au cinéma, Salvadori cultive l’art de la comédie pure. Comprenez celle rappelant Ernst Lubitsch, son idole. Une comédie pur jus sans les apparats classiques les plus répandus au cinéma : les alibis sociaux. Dans ce joyeux théâtre pas question de se moquer de son prochain, de catégoriser chaque personnage, d’utiliser le ridicule ou la méchanceté en renfort. Chez lui, les héros empruntent toujours des allures de doux dingues, de cibles émouvantes dans cette vaste blague qu’est le théâtre de la vie en société. Ce n’est pas pour rien que les premiers a s’être frottés au petit monde du réalisateur avaient pour nom Guillaume Depardieu, Marie Trintignant et Jean Rochefort. Trois poète(sse)s dans leur genre. Trois noms qui manquent et suffisent à esquisser le ton d’une œuvre à part dès l’aube des années 90. 

Aujourd’hui, ces cibles émouvantes s’appellent Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou, Damien Bonnard. La fantaisie de chacun rayonne dans le viseur de Salvadori. Si verbalement En Liberté ! fait fuser les dialogues hilarants, il aurait pu facilement jouer dans la cour du film muet tant les mines tour à tour absurdes, touchantes, violentes, hilarantes, paumées de ses personnages fonctionnent à plein régime pour déclencher les rires.

De ces mines affleurent aussi à plusieurs moments la mélancolie, ce versant poétique du rire que la fine troupe maîtrise avec brio. Si la cadence du gag – et surtout du running gag ! – semble avoir passé la vitesse supérieure dans son cinéma, l’esquisse d’un sourire ému succède souvent à l’éclat de rire. Comme quand Audrey Tautou demande à Pio Marmaï de rejouer la scène de son retour à la maison car elle n’est pas à la hauteur de ce qu’elle avait imaginé. Jusqu’au bout tout est permis. On peut rejouer les scènes, cacher un trésor au fond du jardin, se déguiser en prostitué pour se cacher ou en adepte du sadomasochisme pour commettre un braquage, comme dans cette scène finale où Antoine, face à l’impossibilité de vivre une histoire avec Yvonne, lâche un émouvant “c’était court mais c’était bon”.
On ne saurait mieux résumer cette comédie virtuose à la mécanique comique imparable. En totale liberté !

 


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