Flore Maquin est graphiste, lyonnaise, même pas trentenaire et cinéphile. L’image qui orne actuellement chaque cm de la Croisette cannoise, celle d’un Jean-Paul Belmondo et d’une Anna Karina s’embrassant fougueusement par la vitre de leurs voitures, est de son fait. Flore Maquin est graphiste, lyonnaise, même pas trentenaire, cinéphile, et elle est désormais aussi l’auteure de l’affiche de la 71è édition du Festival de Cannes. Pas mal, non ?

Quand Thierry Frémaux a annoncé la sélection du 71è Festival de Cannes, il a aussi glissé un mot sur l’affiche qui allait en être le porte-drapeau, tirée d’une photo du tournage de Pierrot le Fou par Georges Pierre et revisitée par une graphiste du nom de Flore Maquin.
Si le délégué général du Festival de Cannes a oublié de mentionner l’aspect politique de cette image, il n’a en tout cas pas manqué d’évoquer son romantisme lumineux, la qualifiant même de « retour à l’amour ». Du choix de la photo aux couleurs mises en avant, en passant par le placement et le choix de la typographie, tout est l’oeuvre de Flore Maquin.

Mondo libre

Il est rare qu’un graphiste se fasse un nom grâce à son travail sur les affiches de film. De mémoire, on en a retenu qu’un seul. Pas n’importe lequel certes, Saul Bass (créateur d’affiches mais aussi de génériques pour Preminger, Hitchcock, Kubrick ou Scorsese), mais un seul. Du moins jusqu’à aujourd’hui.
Le genre tend à se diversifier et à devenir un art à part entière, notamment grâce au collectif Mondo. Constatant que l’affiche de film s’est uniformisée avec la démocratisation de Photoshop, ceux qui sont d’abord éditeurs et galeristes au Texas, proposent alors à des designers de réaliser des affiches de classiques du cinéma pour les soirées d’un ciné-club. Les sérigraphies réalisés par des artistes aussi divers et variés qu’Olly Moss, Nico Delort, Ken Taylor, Tyler Stout ou Laurent Durieux, reviennent aux sources de l’art graphique en se focalisant sur un détail précis du film (un lieu, un personnage, un événement…) pour en faire la caractéristique principale de leur image.
Ce processus et le rendu vintage des affiches ont su séduire à la fois la branche artistique avec les réalisateurs (Quentin Tarantino, Steven Spielberg, Guillermo Del Toro…), et la branche commerciale avec des commandes affluants des Studios Paramount et même de l’Académie des Oscars. L’engouement est tel que l’on prédit à la sériegraphie un succès à l’aura aussi international que celui du street-art.

Le 7è art à l’affiche

Flore Maquin s’insère parfaitement dans ce courant. Passionnée de cinéma, c’est au cours de ses études de tourisme qu’elle se découvre une appétence pour le graphisme, se réoriente dans la direction artistique et commence à créer des affiches hommages à ses films et séries de chevet.
Avec pour modèles Ian Jepson et la pop culture, elle choisit de mettre en avant les personnages, donnant une identité forte à des créations au plus proche des films, de ceux qui les font et de ceux qui les personnifient.
Décidément, Thierry Frémaux ne s’y est pas trompé. Lui qui l’avait déjà choisie pour créer les visuels de l’Institut Lumière de Lyon, lui offre avec le Festival de Cannes une exposition à l’aura internationale. De quoi, peut-être, attirer les regards experts de Mondo. Ou mieux, donner envie à la jeune femme de créer ce genre de collectif avec de talentueux compatriotes tels que Vincent Roché, Ladislas Chachignot, David Amblard, Simon Delart… L’idée est lancée.

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  • Illustration : Flore Maquin, poster girl
  • Créatrice de l'affiche du Festival de Cannes : du 8 au 19 mai 2018
  • Copyrights : Flore Maquin
  • Texte : Marine Bienvenot
  • Website : https://www.flore-maquin.com/

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