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Créatures comme séduites par l’appel d’un démon invisible, écorchés sublimes, piafs majestueux aux plumes accidentées… Des tatouages de Frederico Rabelo se dégage une impression de puissance et de danger fascinante. On remonte avec lui le fil de son parcours d’artiste.

Read the interview in english here.

Petit, à quoi rêviez-vous ?

Je savais que je deviendrais artiste. J’étais émerveillé par toutes les formes d’art visuel. C’était une affinité instinctive. La peinture et le dessin font partie de mes premiers souvenirs. J’avais 8 ans quand j’ai vu un Picasso pour la première fois. Difficile de dire ce que j’ai éprouvé à ce moment-là, un mélange très intense d’émotions et d’excitation qui m’ont donné envie de faire la même chose. Aujourd’hui, dix-sept ans plus tard, je comprends que ce que j’ai ressenti c’était de l’inspiration.

J’ai continué à peindre et à dessiner pendant toute mon enfance. J’ai ressenti une nouvelle forme d’inspiration en découvrant le pichação, une forme de graffiti sauvage très spécifique au Brésil. Les paysages de nos villes ont été totalement transformés par le pichação. Certains bâtiments en sont intégralement recouverts. Pour moi, il s’agit d’une des formes d’art visuel les plus puissantes de notre temps.

Quand j’ai eu 11 ans, j’ai commencé à faire du graffiti et du pichação avec acharnement. J’ai appris tellement de choses importantes grâce au graffiti ! Le Pichação m’a amené à admirer l’art du tatouage, mais je n’avais aucune idée de comment y arriver. J’ai continué à m’entraîner au tatouage et à pratiquer le pichação, jusqu’à ce que le tatouage s’impose finalement quand j’ai eu 23 ans.

Quels étaient vos héros d’enfance ?

Ils viennent surtout de la peinture. Je me sentais extrêmement inspiré par Picasso et Dali. Au-delà de leurs productions artistiques, j’ai appris à connaître un peu leurs vies. Et puis il y a aussi certains de mes proches, comme mon grand frère et Alan, l’un de nos amis. Je voulais être comme eux. J’admirais leur vigueur et leur liberté. Ils étaient cools et passionnés par tout ce qu’ils faisaient.

Quel a été votre premier tatouage ?

Le tout premier est un visage réaliste sur mon avant-bras, réalisé par Carlos Torres.

En tant qu’artiste tatoueur, quelles sont les créations dont vous êtes le plus fier ?

L’année qui vient de s’écouler m’a vraiment comblé. J’avais préparé quarante-cinq projets de tatouage auxquels je croyais et dans lesquels j’avais investi toute mon énergie. Pour le moment, je me suis consacré exclusivement à ces tatouages-là. C’est une façon de procéder assez inhabituelle pour un tatoueur. Au début, je ne savais pas si ça fonctionnerait. C’est une nouvelle manière de communiquer avec ses clients, en leur proposant le meilleur de ce que vous pouvez faire.

Comment définiriez-vous votre style ?

Je réalise principalement des tatouages noirs. Le noir m’évoque la puissance, la chaleur et l’élégance. Pour moi, c’est la plus belle des couleurs. J’essaie toujours de rester ouvert à l’incongru. Je cherche à comprendre mes propres sensations, mais je ne m’exprime pas avec des mots. J’essaie de le faire avec des images.

Demain, tous tatoués ?

Non, je ne pense pas. En revanche, le nombre de tatoués ne fera que croître à chaque nouvelle génération.

Au final, que représente le tatouage pour vous ?

Le tatouage est le langage visuel de notre génération. En ça, c’est un vecteur de culture et de connaissance. On voit peu de jeunes aller dans des galeries d’art. Mais on en voit beaucoup avec des tatouages, ou se rendant dans des tattoo shop, ou avec des amis tatoués ou simplement avec le désir de se faire tatouer un de ces quatre. Pour les artistes tatoueurs, c’est une opportunité de contribuer à la production culturelle et, peut-être, de rendre la vie des gens meilleure. Chaque jour nous donne la chance d’être des révolutionnaires. Il suffit de le vouloir.

4 avril 2016 – Interview réalisée par mail par Christophe Chadefaud

Tattoo Trip, notre tour du monde des plus incroyables artistes tatoueurs, continue ici.
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  • Tattoo Trip #3 : Frederico Rabelo, Juiz de Fora (Brésil)
  • Son salon : Covil Tattoo, Rua Luiz Perry 160, Juiz de Fora
  • Sur Instagram : @fredcovil
  • Website : https://www.facebook.com/coviltattoo

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