Ready Player One, melting pop

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Si vous avez manqué le début : Columbus, Ohio, 2045. Le monde est si chaotique qu’on préfère se réfugier dans l’OASIS, un jeu en réalité virtuelle devenu une société alternative. Lorsque son créateur, James Halliday, annonce qu’après son décès le contrôle de l’OASIS sera transmis à celui qui y trouvera un Easter Egg numérique caché par ses soins, le jeune Wade Watts se lance dans la chasse au trésor à travers son avatar, Parzival. Mais il est loin d’être le seul…

Deux mois seulement après la sortie de Pentagon Papers, grand film de journalisme politique, Steven Spielberg réitère un exploit dont il est déjà coutumier : sortir deux oeuvres majeures dans la même année avec le plus grand écart stylistique possible. Ainsi, il marquait l’histoire du cinéma en livrant coup sur coup Jurassic Park et La Liste de Schindler en 1993. Puis vinrent Amistad et Le Monde Perdu en 1997, Arrête-moi si tu peux et Minority Report en 2002, Munich et La Guerre des Mondes en 2005, puis Cheval de Guerre et Les aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne en 2011.
En 2017, Ready Player One serait donc le yang de Pentagon Papers. Comprenant à la fois son amour fou pour la science-fiction et la maestria dont il est capable lorsqu’il filme l’aventure avec un grand A, l’adaptation du best-seller signé Ernest Cline, semble avoir été écrite spécialement pour lui. Le livre rend en effet hommage aux oeuvres cultes des années 80, parmi lesquelles celles du maître lui-même.

Flamme des années 80

Tout comme Pentagon Papers était un film à la fois politique et féministe, Ready Player One est à la fois une chasse au trésor et une interrogation sur les dangers du tout-virtuel. Mais comme on parle du pape du divertissement, c’est d’abord une étourdissante aventure rétro-futuriste où Spielberg assoit toujours plus son statut de réalisateur visionnaire et virtuose. Fluide, sa caméra virevolte dans une gestion de l’espace et de la performance capture tout bonnement hallucinante de facilité et de lisibilité.
Jouant la carte de l’entertainment total, Ready Player One balaie trente ans de pop culture au sens large (cinéma, jeu vidéo, musique) mais Steven Spielberg, d’une humilité à toute épreuve, a préféré effacer la majorité des références à son endroit pour laisser plus de places à ceux qui forment son panthéon personnel : Retour vers le futur, Akira, Van Halen, Godzilla, Street Fighter, King Kong, Twisted Sister, les Goonies, Alien, le Géant de Fer, John Hughes… Chacun à son artéfact disséminé dans l’Oasis. Mais l’hommage le plus intense est réservé à Stanley Kubrick, son maître absolu, grâce à une scène d’immersion hallucinante dans l’Overlook Hotel de Shining.
S’il y a plus de références au mètre carré que l’oeil ne peut en déceler, Spielberg refuse cependant de céder à la nostalgie comme genre à part entière. A l’inverse des frères Duffer avec Stranger Things, il préfère s’interroger sur la culture populaire comme vecteur de lien social et de point d’ancrage pour une génération. La pop culture deviendrait alors un patrimoine collectif et non un simple phénomène de mode.

 

 

Habile mise en abyme

Même s’il refuse d’accepter qu’il est l’un des artisans de ce patrimoine, l’influence de Spielberg est dans chaque ligne, chaque plan de Ready Player One. Wade (Tye Sheridan, efficace) et Samantha (Olivia Cooke, prometteuse) prolongent la longue lignée d’enfants perdus spielbergiens forcés de se transcender pour vivre une aventure hors du commun et sauver leur monde.
La narration sensible, malgré le manque de fond des personnages qui empêche que l’on s’y attache vraiment, possède une sensibilité à la Amblin, vantant la force du collectif sur l’individualisme. Mais le film est surtout un portrait en creux de son réalisateur, que l’on reconnait dans le regard naïf de Wade, jeune passionné idéaliste, mais aussi dans celui plus désabusé de Halliday, guide spirituel de toute une génération. Cette mise en abyme habile a un petit goût d’héritage.

Sacré Graal

En 2017, Pentagon Papers et Ready Player One se rejoignent sur leur combat contre les pouvoirs en place. La quête du Graal de Wade, luttant pour la sauvegarde de l’Oasis, se joue notamment contre IOI, une entreprise concurrente de celle de James Halliday qui compte monétiser à outrance son univers. Mais la vraie crainte que Spielberg dénonce à travers IOI et son PDG Nolan Sorrento, c’est que l’on assiste à une uniformisation de la pop culture, annihilant toute forme d’imaginaire.
Brandissant la candeur de la jeunesse contre la noirceur corporatiste, la conclusion de Ready Player One s’avère peut-être naïve mais tellement spielbergienne. L’héritage d’Halliday n’est alors plus dans le contrôle de l’Oasis mais dans la prise de conscience que la vraie vie se joue en dehors de celui-ci.
Que cette épiphanie ait lieu dans une chambre d’enfant est un clin d’oeil totalement logique. Spielberg, plus que jamais passeur, a toujours argué que les passions d’enfants ne se transmettent que par ceux qui le sont restés.


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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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