Rétro 2019 : Les 10 meilleurs films de l’année

2019, grande année cinéma ? Pas vraiment, mais elle fut en tout cas traversée de quelques fulgurances. Des météorites au pouvoir lacrymal ravageur, qu’il nous saisisse dans un atelier de peintre, dans l’entrebâillement d’une porte de maison de retraite, dans le lit qu’un petit garçon partage avec ses parents ou sous une montagne de fleurs. Avec la résilience comme fil conducteur, ces dix films nous feront toujours penser à 2019 lorsque l’on regardera dans le rétro.
Par Marine Bienvenot

Portrait de la jeune fille en feu

De Céline Sciamma

 

Qu’y a-t-il de plus dévastateur que l’amour impossible ? Désolé mais rien. Et Céline Sciamma l’a compris au point de faire de Portrait de la jeune fille en feu un huis clos où l’émotion émerge au moindre regard, au moindre frôlement, au moindre coup de pinceau du portrait d’Héloïse que Marianne doit peindre en secret.
En plaçant son récit au XVIIIè siècle, Sciamma n’empêche pas ses sujets (l’art féminin, les carcans de la bourgeoisie, le choix du célibat ou d’aimer qui l’on veut…) de rester éminemment modernes. Le duo formé par Adèle Haenel et Noémie Merlant, incandescent, se hisse au Panthéon des plus belles histoires d’amour du 7è art. Dans leur retenue, leurs regards, leurs adieux et leurs souvenirs brûle une passion ardente qui n’a d’égale que sa sensibilité infinie. A vous réchauffer le cœur autant qu’à le briser.

Relire notre portrait d’Adèle Haenel ici.

Joker

De Todd Phillips

 

Marqué par les interprétations de Jack Nicholson et Heath Ledger, il était pour le moins casse-gueule de vouloir revenir aux origines d’un personnage tel que le Joker. D’autant plus sous l’égide de Todd Philips (Very Bad Trip). D’autant plus avec le peu bankable (mais adoré de la critique) Joaquin Phoenix. Why so serious ?
Malgré la polémique qui veut que le film inciterait à l’insurrection, Joker réinvente à la fois son propre mythe et son réalisateur. Immersion brutale dans la psyché malade de son personnage, le film questionne les responsabilités d’une société sur sa propre déliquescence et la violence qu’elle engendre. Joker résonne en cela de manière particulière avec notre époque et ses crises politiques et sociales. Habité par la prestation saisissante de Joaquin Phoenix, le patronage de Martin Scorsese, la photographie crépusculaire de Lawrence Sher et la partition hantée d’Hildur Guðnadóttir, Joker impressionne dans tous les compartiments du cinéma.


The Irishman

De Martin Scorsese

 

Il aura fallu attendre une dizaine d’années et l’émergence de Netflix et son porte-feuille no limit pour que Martin Scorsese puisse mener à bien The Irishman. Fresque fleuve de 3h30, elle condense tout le cinéma de Marty en son cœur : politique, crime organisé, loyauté, religion, famille, Robert De Niro et Joe Pesci.
On croyait voir la suite des Affranchis, le dernier tour de piste d’habitués de la mafia de pellicule, on assiste finalement à leur requiem. Pas de baroud d’honneur mais un chant du cygne où Scorsese assène que le temps perdu ne se rattrape jamais, et que les regrets se muent toujours en culpabilité. Crépusculaire.


Once Upon A Time… In Hollywood

De Quentin Tarantino

 

Quentin Tarantino capable de surenchère, de violence, de virtuosité, ça on savait. De nostalgie aussi, en grand amoureux de l’âge d’or du 7è art son œuvre entière est une déclaration d’amour au cinéma “d’avant”. Mais Once Upon A Time… In Hollywood va plus loin, c’est un film d’une grande mélancolie. Mélancolie d’une époque, d’un art et d’une certaine manière de faire du cinéma.
Marquée par la contestation sociale, la guerre du Vietnam et le meurtre de Sharon Tate par la clique de Charles Manson, le Hollywood d’après 1969 ne sera plus jamais vraiment le même. Et c’est dans ce dernier raout que Tarantino place Once Upon A Time… In Hollywood. Encadré par deux losers un peu las (merveilleux Brad Pitt et Leonardo Di Caprio), on se rappelle que le cinéma peu tout, même changer l’Histoire.

Relire notre rencontre avec Quentin Tarantino ici.
Relire notre dossier Cannes 2019 ici.

La Favorite

De Yórgos Lánthimos

 

Craindre que Yórgos Lánthimos s’assagisse en réalisant un drame en costumes eut été mal connaître le réalisateur grec. Friand des étrangetés de nos sociétés contemporaines, comme il l’a prouvé avec The Lobster ou Mise à mort du cerf sacré, Lánthimos fait de La Favorite non pas un film d’époque mais une farce cruelle où deux courtisanes se disputent l’affection de leur reine.
Grâce à son trio d’actrices incroyables (Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman à qui le rôle de la Reine Anne valu l’Oscar de la meilleure actrice), La Favorite explore l’absurdité des jeux de cour dans une surenchère de crasses de plus en plus cruelles. La caméra de Lánthimos, extravagante, libre et virtuose envoie son film loin du classicisme attendu, vers des sommets d’humour noir.


Marriage Story

De Noah Baumbach

 

Si le divorce de ses parents lui avait inspiré Les Berkman se séparent, c’est de sa propre rupture que Noah Baumbach a tiré Marriage Story. Avec justesse, en mêlant brutalité et douceur, il met en scène la déliquescence d’un couple et la force qu’il faut à deux personnes qui se sont aimées pour rester des parents respectueux l’un de l’autre.
Baumbach laisse avec intelligence le champ libre à Adam Driver et Scarlett Johansson, tour à tour dans la surenchère et la nuance, de se laisser porter par leurs sentiments. C’est là que les regards, les émotions et les gestes affleurent, bruts et bouleversants. Et qu’un lacet défait peut provoquer une crise de larmes.


Parasite

De Bong Joon-ho

 

Parasite est le film de tous les records : première Palme d’Or remise à un réalisateur coréen, premier film coréen à dépasser le million d’entrée en France, première Palme d’or à faire plus d’1,5 millions d’entrées depuis Fahrenheit 9/11, première œuvre coréenne à remporter un Golden Globe… Et ce carton plein est on ne peut plus mérité.
Thriller tragi-comique imprévisible où l’angoisse le dispute à l’hilarité, Parasite est surtout le film le plus politique de son auteur. En faisant de son film un véritable pamphlet social, Bong Joon-ho attaque la société coréenne et ses différences de classes, jusqu’au chaos. L’Oscar ne semble plus si loin.

Relire notre dossier Cannes 2019 ici.

Midsommar

D’Ari Aster

 

Aux côtés de Jordan Peele (Get Out, Us), Ari Haster est devenu le parfait compagnon de nos cauchemars cinématographiques. Après nous avoir intelligemment traumatisé avec Hérédité, il a réussi l’exploit de nous faire frissonner sous 40º.
En nous confrontant aux rites d’une étrange communauté suédoise au moment du solstice d’été, il nous convoque dans un mauvais rêve en pleine lumière. Celle-ci, aveuglante, se joue de nos perceptions et nos angoisses. L’univers onirique et coloré de Midsommar nous est rendu malaisant par des images subliminales effroyables. Mais c’est par le regard de plus en plus perdu de l’incroyable Florence Pugh que l’expérience nous remue durablement.


90’s

De Jonah Hill

 

En voyant Jonah Hill venir titiller notre nostalgie de kid des nineties on a presque soupiré : on ne nous attrape pas comme ça. Mais force est de constater que son premier film en tant que réalisateur le révèle en cinéaste sensible et sincère.
Dénué de tout le pathos parfois propres aux films labellisés « coming of age », la mélancolie vintage de 90’s trouve un écho dans la nostalgie de Gus Van Sant ou Richard Linklater. Film à la fois sur la solitude et la camaraderie, le spleen adolescent y glisse sous les roues des skateboards et l’exaltation des premières fois y croise la violence des frustrations. 90’s ne s’accroche pas à notre besoin de nostalgie, il s’attarde sur l’apprentissage complexe et solitaire de la vie avec les autres et, surtout, avec soi-même.

Relire notre critique de 90’s ici.

Edmond

D’Alexis Michalik

 

On aime bien laisser la dernière place de notre top à un outsider, un film que l’on n’attendait pas et qui devient notre plus belle surprise. Cette année cette place revient au Edmond d’Alexis Michalik.
Sortie aux premières heures de 2019, l’adaptation de sa pièce à succès auréolée de cinq Molière est une pétillante déclaration d’amour au théâtre. Mais loin de n’être que du théâtre filmé, c’est aussi un virevoltant geste de cinéma. Généreux, Michalik rend un hommage admirable à tous les acteurs et à tous les écrivaillons de l’ombre qui les font vivre. Edmond a du cœur. Comme Cyrano, à la fin de l’envoi il touche.

Relire notre critique d’Edmond ici.

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