La science-fiction selon Steven Spielberg

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Il a fricoté avec des aliens de tous bords, fait battre le coeur des machines, questionné nos peurs et déjoué les pièges de l’héroïsme. Entre tant d’autres choses. Récits des voyages de Steven Spielberg dans la science-fiction.
Par Marine Bienvenot et Christophe Chadefaud

Rencontres du troisième type

1977
De quoi ça parle ?

De phénomènes paranormaux prenant place à plusieurs endroits du globe. Tandis que les autorités font tout pour étouffer l’affaire, un électricien témoin d’une étrange apparition et une équipe de scientifiques comprennent que des extraterrestres semblent essayer de communiquer avec eux.

Un petit pas pour Spielberg…

« J’ai réalisé qu’il se passait vraiment quelque chose quand la NASA a pris la peine de m’écrire une lettre de 20 pages en 1977. Ils étaient furieux après avoir lu le scénario de Rencontres du troisième type, et pensaient que ce serait un film dangereux. J’ai réalisé qu’ils avaient écrit la lettre principalement parce que Les Dents de la mer avait convaincu tant de gens dans le monde qu’il y avait des requins dans les toilettes et les baignoires, pas seulement dans l’océan. Ils craignaient que le même genre d’épidémie arrive avec les OVNIS. » (Cinema Papers, 1978)

Un grand pas pour la science-fiction

Fasciné depuis tout petit par l’inconnu et la possibilité d’autres vies dans le cosmos, Spielberg s’attaque pour la première fois à son sujet de prédilection en réalisant Rencontres du troisième type. Loin du grand spectacle que sera plus tard La Guerre des Mondes, il réalise un grand film sur la recherche de la vérité et l’importance de la communication. Sa simplicité et sa force se résument alors à cinq notes de musique. Du génie. M.B.


Minority Report

2002
De quoi ça parle ?

D’un futur plus si lointain dans lequel les criminels sont arrêtés avant d’avoir fauté. De l’unité de police spéciale PréCrime et de leur leader à son tour accusé du futur meurtre d’un homme qui lui est inconnu.

Un petit pas pour Spielberg…

« J’ai toujours été fasciné par le concept évoqué par Philip K. Dick, ces deux croyances opposées : d’un côté ceux qui croient à l’anti-déterminisme, de l’autre les fatalistes, estimant que l’existence est un scénario écrit à l’avance par une puissance supérieure sur laquelle nous n’avons aucune influence. (…) Le film reste profondément d’actualité. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les agents de la CIA et du FBI ont le droit absolu de nous espionner afin de déterminer qui d’entre nous est un terroriste. » (Ciné Live, octobre 2002)

Un grand pas pour la science-fiction

De la SF pure et dure pour une adaptation de Philip K. Dick haletante. Spielberg y est tout simplement brillant, n’hésitant pas à sortir de sa zone de confort pour s’aventurer vers des terrains obscurs. Tout ça sur un rythme brut, dans la veine de Il faut sauver le soldat Ryan. Et en domptant l’égo de Tom Cruise au passage, dont il malmène l’image de papier glacé. Entre vérités et mensonges, manipulations, paradoxes et faux-semblants, Minority Report livre une vision du futur crédible, comme si le meilleur épisode de Black Mirror avait remonté le temps pour sortir en film en 2002. C.C.


La guerre des mondes

2005
De quoi ça parle ?

D’un père individualiste, démissionnaire, face à la menace imminente d’extinction de l’espèce humaine par les extraterrestres. Une cavale pour mettre ses deux enfants à l’abri, coûte que coûte.

Un petit pas pour Spielberg…

« Sur le plan politique, chaque version de La guerre des mondes baigne dans une atmosphère tendue, ultra politisée et anxiogène. A commencer par le roman de 1898, cri de colère contre la politique coloniale du Royaume-Uni… En 1938, au moment de la pièce d’Orson Welles, c’était la peur d’Hitler, le fait que l’Amérique craignait l’avènement de la guerre. Welles s’était emparé de l’anxiété qui atteignait son paroxysme à ce moment-là. Enfin, en 1953, quand le film est sorti, le monde était en pleine guerre froide. Et les gens avaient peur d’être attaqués par l’Union Soviétique. Aujourd’hui, dans le monde de l’après-11-Septembre, on craint à nouveau les attaques d’un ennemi qu’on ne comprend pas. Ces extraterrestres représentent cet ennemi. » (Ciné Live, juin 2005)

Un grand pas pour la science-fiction

La guerre des mondes est le contre-pied absolu à Rencontres du troisième type et à E.T. Fini les aliens venus en paix, place aux monstres intergalactiques assoiffés de destruction massive. Baigné dans un climat de terreur totale, cette lutte pour la survie aux tableaux de désolation aussi terrifiants que sublimes, se joue sans leçon de morale, héroïsme hollywoodien ou patriotisme triomphant. C.C.


E.T. l’extra-terrestre

1982
De quoi ça parle ?

D’un extra-terrestre oublié par ses semblables sur Terre. Traqué par l’armée il est recueilli par Elliott, un jeune garçon qui le prénomme E.T. Une très forte connexion s’établit entre eux et Elliott, aidé de ses amis et de sa famille, fera tout pour aider E.T. à rejoindre sa maison.

Un petit pas pour Spielberg…

« Si le gouvernement ne finance pas le programme pour l’espace, ce qui permettrait à l’imagination des gens de s’épanouir, alors le moins que je puisse faire c’est essayer que les gens rêvent d’espace grâce à mes films. » (Promotion du film, 1981)

Un grand pas pour la science-fiction

Spielberg avait déjà expérimenté la science-fiction pure avec Rencontres du troisième type. S’il est certes question d’extra-terrestre cinq ans plus tard avec E.T., il y ajoute un élément qui deviendra bientôt sa marque de fabrique : l’émotion familiale. E.T. est filmé à hauteur d’enfant, par un grand enfant s’adressant à tout ceux qui le sont ou le sont resté. Le film transcende les âges, les genres et même les peurs pour devenir un classique se transmettant de génération en génération. Une ode à la différence et à l’innocence – la plus personnelle de son auteur – dont l’émotion ravageuse sèche quiconque a un jour ressenti le besoin de rentrer à la maison. M.B.


A.I. Intelligence Artificielle

2001
De quoi ça parle ?

De David, un petit garçon robot abandonné par sa mère humaine, et de sa quête pour la retrouver dans un futur où les humains ne sont pas toujours les meilleurs amis des machines…

Un petit pas pour Spielberg…

« Stanley Kubrick trouvait intéressant d’approfondir la relation entre HAL 9000 et les astronautes de 2001. Les gens attendent peut-être de A.I. un film plus froid, plus calculé, plus technique, à la façon de 2001. Mais A.I. exploite une autre dimension de Stanley Kubrick, son côté affectif, que mettait en évidence HAL 9000 – à coup sûr le personnage le plus sensible de son Odyssée de l’espace. » (Time Magazine)

Un grand pas pour la science-fiction

Même si la production s’amusait à répéter qu’elle ressentait la présence de Stanley Kubrick lors du tournage, A.I. n’a jamais été un film hanté par le spectre du maître. Depuis leur première rencontre, celui qui est alors en train d’achever Shining cerne le potentiel et la sensibilité du jeune réalisateur qui entame Les aventuriers de l’arche perdue. A.I. est le fruit d’un projet de 30 ans. Sa substance est celle du scénario de Kurbick. Sa forme est bien celle du conte de fée cher à Spielberg. Pas de fantôme donc, mais une aventure futuriste, parfois déroutante, mais de laquelle rayonne une intelligence artificielle, dernier témoignage du meilleur du genre humain. C.C.


Ready Player One

2018
De quoi ça parle ?

D’un futur proche où le monde est si chaotique qu’on préfère se réfugier dans l’OASIS, un jeu en réalité virtuelle devenu une société alternative. Lorsque le créateur du jeu annonce qu’après son décès le contrôle de l’OASIS sera transmis à celui qui y trouvera un Easter Egg caché par ses soins, Wade Watts se lance dans la chasse au trésor.

Un petit pas pour Spielberg…

« Nous passons notre temps à nous échapper de la réalité, en utilisant ces appareils connectés au Web. (…) Pour moi, il était nécessaire de montrer les dessous sombres de ce futur hyper-technologique. Ce film contient plusieurs messages. Il montre qu’au-delà des formidables raisons qui poussent les gens à vouloir sans cesse s’évader de la réalité, il existe tout de même des raisons objectives de rester dans le réel pour se battre. Comme je le dis souvent, la seule chose que vous devez savoir de la réalité, c’est qu’elle est réelle. » (Le Figaro, mars 2018)

Un grand pas pour la science-fiction

A 71 ans, Spielberg réalise peut-être là son film-somme. Comprenant à la fois son amour fou pour la science-fiction et la maestria dont il est capable lorsqu’il filme l’aventure avec un grand A, Ready Player One semble avoir été écrit spécialement pour lui. Nostalgique, le livre et le film qui en a été tiré rendent hommage aux oeuvres cultes des années 80 parmi lesquelles celles du maître Spielberg lui-même. Une mise en abyme virtuose qui a un petit goût d’héritage. M.B.

 

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