The Chi, Chicago hope

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Le 17 septembre dernier, Lena Waithe devenait la première afro-américaine récompensée d’un Emmy Award pour le meilleur scénario d’une comédie, en binôme avec Aziz Ansari, pour la moderne et pop Master of None. C’est désormais seule et dans un registre plus dramatique qu’elle dévoile The Chi, où plusieurs destins se croisent dans les quartiers chauds de South Side, à Chicago.

 


Si vous avez manqué le début : un coup de feu dans la nuit, bientôt suivi d’un deuxième, en ricochet, et ce sont les vies de Brandon, Emmett, Kevin, Ronnie et de leurs proches qui se retrouvent inextricablement liées par le deuil, la violence ou le quotidien d’une communauté du sud de Chicago.


 

C’est à n’en pas douter la finesse de son écriture qui permet aujourd’hui à Lena Waithe de compter parmi les scénaristes les plus influentes et douées de sa génération. Il a suffit d’un épisode de Master Of None pour s’en rendre compte, celui du huitième épisode de la deuxième saison, intitulé Thanksgiving. Largement inspiré de sa propre expérience, on y voyait Denise, la meilleure amie lesbienne de Dev qu’elle interprète également, tenter au fil des ans de faire son coming out auprès de sa famille afro-américaine.
C’est en restant dans cette veine, en partie autobiographique, et avec l’envie de raconter le quotidien d’une population noire à l’heure du mouvement Black lives matter, que nait The ChiDe ses souvenirs de jeunesse dans les quartiers sud de Chicago, Lena Waithe crée une série chorale qui ne caricature ni les quartiers populaires, ni ses habitants, confrontés à la violence et à la corruption quotidiennement. 

Une mosaïque de destins

The Chi suit plusieurs personnages qui, de prime abord, n’ont d’autre lien que de faire partie de la même communauté. Les meurtres de deux adolescents vont servir de catalyseur et les rapprocher, irrémédiablement. L’une des grandes forces de la série est de réussir à ne dévoiler les affinités des personnages que par petites touches, en conservant un certain effet de surprise.
Les quatre personnages principaux représentent l’homme à différents âges de la vie : Kevin est au sortir de l’enfance, il vit ses premiers émois amoureux et est confronté réellement pour la première fois à la violence ; Emmett quitte l’adolescence et rencontre celui qui est déjà son troisième enfant, ce qui le pousse à enfin assumer son rôle de père ; Brandon est un chef talentueux et ambitieux mais son deuil douloureux pourrait lui faire tout perdre ; enfin, Ronnie est un quadragénaire désabusé en quête de réponses, que la perte de son fils pourrait repousser vers ses vieux démons. Tous représentent une figure rédemptrice. Tous aspirent à une vie simple mais vont se retrouver pris au piège d’un engrenage infernal, (re)tombant dans des écueils qu’ils avaient réussi à fuir ou maintenaient à distance.

 

 

Noir désir

Les ramifications multiples qui entourent les personnages et leurs histoires font s’entrechoquer les genres dans The Chi. Tour à tour série policière, de gangsters, de vengeance, comédie romantique ou teen show, on a reproché à Lena Waithe de ne pas être assez politique dans sa représentation des difficultés de la population noire. Pourtant, à l’instar d’Atlanta et Insecure à la télévision, ou de Moonlight et Black Panther au cinéma, The Chi fait partie d’un mouvement de plus en plus important de représentation des minorités à l’écran. La quasi-intégralité de son casting est noir, un postulat inenvisageable il y a encore quelques années. De plus, Lena Waithe décide de raconter des histoires certes dures, mais sans misérabilisme ou poncifs. Sans être frontalement politique, ne serait-ce pas là le meilleur moyen d’éveiller les consciences et de briser les stéréotypes ? 

Une sensibilité sociale

Si son contexte social la rapproche de The Wire et son appartenance à une communautés dont les destins s’entremêlent de Treme (toutes deux créées par David Simon), The Chi possède au bout de quelques épisodes seulement une identité propre, un charisme dû en bonne partie à ses excellents acteurs. On y retrouve d’ailleurs Ntare Guma Mbaho Mwine, vu dans Treme, et Sonja Sohn, inoubliable Kima Greggs de The Wire. Mais aussi Alex Hibbert, le jeune Chiron de Moonlight, et Jason Mitchell, le Eazy-E de Straight Outta Compton.
The Chi n’est pas exempt de défauts. Son rythme est parfois en dents de scie et on pourrait regretter le sort réservé aux personnages féminins, moins bien lotis en terme de visibilité que leurs homologues masculins. Lena Waithe n’a pas (encore) la force d’écriture de David Simon, mais elle possède déjà sa sensibilité sociale. Par la suite, il lui faudra maîtriser un peu plus sa narration et décider si The Chi s’enfonce dans la noirceur et le déterminisme, ou si elle laisse à ses personnages une petite lueur d’espoir en des lendemains meilleurs.



 

The Chi ▪ Créée par Lena Waithe ▪ Avec Jason Mitchell, Ntare Guma Mbaho Mwine, Alex Hibbert, Sonja Sohn… ▪ Diffusée sur Showtime, pour l’instant inédite en France ▪ 10 épisodes (60 minutes)

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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