The Florida Project, les 400 coups

Classé dans : Cinéma, Home, Le 140 | 0

 


Si vous avez manqué le début : Moonee, 6 ans, passe ses dernières journées d’été à s’amuser avec ses amis dans le motel en bordure de Disney World où elle vit avec sa mère Halley, tout juste sortie de l’adolescence et qui survit tant bien que mal.

Après avoir suivi vingt-quatre heures de la vie d’une Cendrillon transsexuelle dans les quartiers chauds de Los Angeles avec Tangerine, le réalisateur américain Sean Baker s’attache ici à un autre territoire et une autre population en marge. Nous sommes à Kissimee, en périphérie d’Orlando, tout près de Disney World (The Florida Project était d’ailleurs le nom donné au projet de parc avant qu’il ne soit construit).

Au bord de l’autoroute 192 qui mène tout droit au gigantesque parc d’attractions, les motels censés à l’origine accueillir les touristes n’abritent plus aujourd’hui qu’une population de laissés-pour-compte qui vivent, ou plutôt survivent, de petits boulots et de combines en tous genres. Loin de la banlieue pavillonnaire américaine idéale, cet entre-deux fait se confronter la précarité du quotidien et la vulgarité du divertissement de masse.

It’s a small world

C’est là que se trouve le Magic Castle, imposant motel à la façade mauve éclatant, dirigé par un attachant gardien (Willem Dafoe, nommé au Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle), aussi exaspéré que compatissant envers le chaos qui règne dans son établissement. Parmi les clients au long cours, il y a Halley, la (trop) jeune mère de la petite Moonee, une gamine de 6 ans au caractère bien trempé et à la répartie fracassante (la toute jeune Brooklyn Prince est tout simplement incroyable).

Sur les parkings des motels ou aux abords des boutiques aux devantures plus excentriques les unes que les autres, elle entraîne ses petits camarades dans une succession de bêtises toujours plus dangereuses : on beugle, on insulte, on lance des bombes à eau sur les clients du motel d’à côté, on tente de ressusciter un poisson dans la piscine, on réclame de l’argent aux passants pour pouvoir s’acheter une glace, on pénètre dans une maison abandonnée pour s’amuser à tout y détruire… De ce terrain de jeu aux allures sordides, la bande de gosses se construit un monde imaginaire loin des soucis des adultes.

Les lois de l’attraction

D’aventure en aventure, The Florida Project dresse les contours d’une Amérique oubliée, celle qui, même en plein cœur de la plus grande économie du monde, vit dans la précarité, bien loin (et pourtant si proche) du scintillement de l’american dream ici symbolisé par Disney World dont nos protagonistes ne profitent que par procuration, en s’introduisant au buffet du petit-déjeuner d’un grand hôtel ou en admirant de loin un spectaculaire feu d’artifice.
Dans une mise en scène libérée, pleine de vitalité et de couleurs, Sean Baker réalise un film à hauteur d’enfant, qui suit tant bien que mal l’énergie débordante de ces morveux surexcités et insolents, et laisse hors-champ, avec une bouleversante pudeur, la violence glauque du monde adulte. Car plus qu’un simple récit initiatique, le réalisateur signe ici un film sans compromis qui frappe par sa poésie trash autant que par la force de son message politique, sans pour autant excuser le comportement condamnable de ses personnages.

À l’image des marges de l’Amérique qu’il explore film après film, Sean Baker poursuit, avec toujours plus de succès mais sans rien abandonner de son irrévérence, son parcours de cinéaste en marge du système hollywoodien. On a hâte de connaître la suite !


Top Tw3ets

 


 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Suivre Thomas Lapointe:

Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

Laissez un commentaire