Xavier Dolan et la musique, pop en stock

La musique est un élément essentiel du cinéma de Xavier Dolan et de l’esthétique toute personnelle qu’il s’est construit film après film. Parfois étonnante, souvent bouleversante, toujours mémorable, elle fait des séquences qu’elle accompagne des temps forts devenus cultes. Retour sur ces moments musicaux inoubliables dans chacun de ses films. En attendant Matthias & Maxime.

 

Marine Bienvenot, Christophe Chadefaud & Thomas Lapointe

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             J’ai tué ma mère (2009)

Le morceau : « Noir Désir » de Vive la Fête.

Si vous avez manqué le début : La relation d’amour-haine entre une mère et son fils, Hubert, un adolescent en pleine découverte de soi.

La note Dolan : C’est aux côtés de son camarade de classe Antonin, dont la mère, très ouverte d’esprit, est tout le contraire de la sienne, qu’Hubert trouve quelques échappées de liberté, loin de la haine pour sa génitrice qui le ronge. Apothéose de leur relation, cette scène où les deux adolescents se déchaînent à imiter Jackson Pollock dans les bureaux d’une entreprise, avant de faire l’amour sur les cris du groupe belge Vive la Fête.

L’autre moment musical : L’hypnotisante scène de club sur « Tell Me What To Swallow » de Crystal Castles.

Scène à voir ici.

 


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        Les amours imaginaires (2010)

Le morceau : « Pass This On » de The Knife.

Si vous avez manqué le début : Deux meilleurs amis tombent sous le charme de la même personne, mais la jalousie va les transformer en rivaux impitoyables.

La note Dolan : Avec ses dialogues percutants et son esthétique pop, c’est LA scène culte qui résume tout le style de Dolan. Sous l’effet de la lumière stroboscopique et portés par le rythme entêtant de ce morceau du duo suédois The Knife, les deux amis/rivaux fantasment sur leur Adonis. Tandis que sous sa perruque bleue improbable, Anne Dorval fait ici son unique apparition dans le film.

L’autre moment musical : Les rituels de préparation amoureux afin de séduire l’objet de tous leurs désirs, sur le « Bang Bang » à l’italienne de Dalida.

Scène à voir ici.

 


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        Laurence Anyways (2012)

Le morceau : « A New Error » de Moderat.

Si vous avez manqué le début : Le jour de son trentième anniversaire, Laurence révèle à Fred sa petite amie son désir de devenir une femme.

La note Dolan : Dans cette fresque romanesque de presque trois heures, de longues séquences visuelles et musicales découlent des bouleversants moments d’intensité dramatique, et viennent comme apaiser les tensions. Ici, les deux protagonistes, après s’être retrouvés, s’enfuient sur la fictive Île au Noir pour rendre visite à un couple d’amis, sous une pluie de vêtements colorés tombant du ciel au ralenti, tandis que résonnent les rythmes électro du groupe berlinois Moderat. Du pur Dolan.

L’autre moment musical : Difficile de choisir entre l’ouverture du film sur le languissant «  If I had a heart » de Fever Ray ou l’arrivée en soirée qui ne passe pas inaperçue de Suzanne Clément sur « Fade to Grey » de Visage.

Scène à voir ici.

 


popandupdolanmusiquetomalaferme       Tom à la ferme (2013)

Le morceau : « Les Moulins de mon cœur » interprété par Kathleen Fortin.

Si vous avez manqué le début : Un jeune homme se rend à la campagne pour assister à des funérailles où personne ne connait ni son nom ni la nature de sa relation avec le défunt

La note Dolan : En ouvrant son film avec une version française a cappella du classique « Les Moulins de mon cœur » (composé par Michel Legrand pour L’Affaire Thomas Crown, et lauréat de l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1969), Xavier Dolan prend à contre-pied tout ce qu’il avait posé comme base esthétique et musicale jusqu’alors. Loin de l’exubérance baroque de ses trois premiers films, Tom à la ferme est thriller psychologique froid, tendu, aride et violent.

L’autre moment musical : La scène de tango terriblement ambigü sur « Santa Maria » de Gotan Project

Scène à voir ici.

 


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         Mommy (2014)

Le morceau : « Experience » de Ludovic Einaudi.

Si vous avez manqué le début : Une mère hérite de la garde de son fils, un ado impulsif et violent atteint de troubles de déficit de l’attention. Sans cesse en conflit, tous deux trouvent une forme d’équilibre au contact de leur voisine.

La note Dolan : Alors que les tubes pop (Oasis, Lana del Rey) ne manquent pas dans Mommy, c’est un morceau de musique classique contemporaine qui accompagne les rêveries éveillées de la mère, en pleine vision de ce qu’aurait pu être la vie « idéale » de son fils. Moments de bonheur et éclats de rire, cérémonie de diplôme, départ pour l’université et mariage se succèdent. L’émotion, portée par la mélodie des violons et piano, monte crescendo jusqu’à s’interrompre soudainement, tandis que le cadre de l’image, qui s’était exceptionnellement élargi pour cette séquence d’euphorie, se resserre à nouveau sur le visage attristé de la mère.

L’autre moment musical : Un instant de communion musicale kitsch au possible, où tout le monde y met du sien sur « On ne change pas » de Céline Dion.

Scène à voir ici.

 


Juste la fin du monde (2016)

Le morceau : « Une miss s’immisce » d’Exotica.

Si vous avez manqué le début : C’est le traditionnel repas du dimanche en famille. Sauf que cela fait douze ans que Louis n’y a pas participé. S’il est revenu, c’est pour annoncer à sa famille qu’il va mourir mais personne ne l’écoute, trop occupé à réveiller les vieilles querelles.

La note Dolan : La musique n’a ni genre, ni âge pour Xavier Dolan. Elle lui sert juste de vecteur d’émotions fortes. Au moment où elle démarre, dans ses films tout s’arrête. Les personnages s’oublient, se reposent, s’aiment, disparaissent… ou se remémorent. En posant la tête sur un vieux matelas dans la maison de son enfance, Louis se rappelle immédiatement de ses premiers émois et d’une nuit auprès d’un amour de jeunesse. La reprise synthétique d’un standard de Françoise Hardy par le groupe parisien Exotica illustre à merveille les ralentis sensuels de ce doux souvenir.

L’autre moment musical : Un des rares moments de complicité totale entre tous les membres de la famille a lieu au son de “Dragosta Din Tei” d’Ozone. Rappelant des moments heureux, la mère et la fille (Nathalie Baye et Léa Seydoux) rejouent une chorégraphie qu’elles avaient inventé jadis tandis que Louis (Gaspard Ulliel) se rappelle les derniers moments de complicité avec son grand frère Antoine (Vincent Cassel). Le bon vieux temps.

Scène à voir ici.

 


Ma vie avec John F. Donovan (2019)

Le morceau : « Stand By Me » de Florence & The Machine.

Si vous avez manqué le début : Un jeune auteur confie l’importance de la correspondance qu’il entretenait, dix ans plus tôt, avec une vedette de série TV américaine.

La note Dolan : Entre la mère protectrice (Natalie Portman) et son fiston de 11 ans (Jacob Tremblay), qui lui a caché cette étrange correspondance, rien ne va plus. Maman est à bout. Elle vient d’apprendre que son fils avait séché l’école pour se rendre au casting qu’elle lui avait interdit. Que fait-elle de mal ? Pourquoi ne se confie-t-il plus comme avant ? Les questions s’évanouissent quand elle apprend qu’elle est son héroïne absolue, malgré les erreurs de parcours, c’est elle et pas une autre. Elle court le chercher dans les rues pluvieuses de Londres, le voit enfin sur le point de monter dans un taxi. Il hésite, se retourne. Ils se retrouvent. Mère et fils sont trempés et cette scène, douchée d’une tendresse infinie.

L’autre moment musical : Dans la salle de bain familiale, la star (Kit Harrington), lessivée par ses mensonges, profite d’un bain, et de la compagnie de sa mère (Susan Sarandon) et de son frère (Jared Keeso) en chantant à tue-tête “Hanging by a moment”, de Lifehouse.

 

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Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

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